Une deux trois Dror Mishani

Le désir de dialogue, de découvrir, séduire et subjuguer l’autre jusqu’au meurtre. Dror Mishnani explore les méandres de nos solitudes, ce que l’on fait pour croire y échapper, ce que l’isolement signale de nos sociétés. Une deux trois, un polar d’atmosphère, un aperçu de la déraison de nos justifications mentales et, au final, une lente montée de la manipulation.

Dror Mishani est un des rares auteurs de polars à maîtriser la lenteur, sa sourde mélancolie. J’avais, avouons-le, tout particulièrement aimé ses précédents romans, notamment Les doutes d’Avraham. On pense à du Mankell où les doutes et reniement de la sociale-démocratie suédoise serait transposée dans la si complexe société israélienne. De livre en livre, l’auteur s’éloigne du cadre du polar, sait que ce qui y importe est son atmosphère, l’oppression de nos jours. Le ressassement en moins (le roman a malgré tout la tension d’un rythme latent assez implacable), on pourrait presque penser, pour la première partie de ce roman, à du Zeruya Shalev. Une certaine habilité à communiquer la possible surinterprétation, malentendu et malaise d’un retour, après une séparation, à un semblant de vie dite sociale. On sent, un peu trop peut-être, le désir de s’emparer de la vie de trois femmes, montrer leur souffrance, la manière dont elle l’affronte. La vie quotidienne, plate, indépassable rendue donc dans une tension insidieuse. Orna et son fils, la vie derrière les sites de rencontres. L’habilité de l’auteur est sans doute de suggérer que cette pression de la société, l’exigence de faire quelque chose, se reconstruire ou tout au moins le paraître nous précipite sur le marché de la séduction. Un peu plus de finesse dans ce qu’il omet de préciser : nous avons tous ce désir voyeur de nous ouvrir, de continuer à déchiffrer le mystère d’autrui. Sans doute aussi de nous laisser prendre à ses mensonges. Après un dénouement très noir, d’une assassine froideur, on passe à un autre univers. Un autre portrait de femme, un nouveau chapitre d’une description sociologique. Sans s’y arrêter, Dror Mishani décrit la condition de ses émigrées qui servent de gardes-malade. Exploitation et compassion, idéale victime vulnérable pour ce tueur qui fait le lien entre ce qui n’est pas seulement trois nouvelles. Une belle intelligence dans la progression de l’accusation mais surtout dans la façon dont peu à peu, par hasard, l’enquête s’engage. Avec un joli dédoublement en guise d’ultime pirouette finale. Tel le tueur, on fond dans ces existences esseulées, fasciné par la fatalité. Un polar exact.


Merci à Folio Gallimard pour l’envoi de ce roman

Une deux trois, (trad : Laurence Sendrowicz, 337 pages)

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