Pavillon haut Cecil Scott Forester

Troisième récit des aventures d’Horation Hornblower, Pavillon haut achève la mue de son héros qui, loin de la mer dans une rocambolesque évasion, fixe la distance à lui-même qui sert de pertinente description du personnage héroïque qu’il est en train de devenir. Cecil Scott Forester poursuit sa reconstitution critique de la France sous Napoléon, de la vie à crédit que constitue un sombre héros de la mer.

Disons-le d’emblée cette republication des aventures de Hornblower s’achève dans la désillusion, dans la prise de conscience du perpétuel désir d’aventures et d’ailleurs de son personnage, dans l’insatisfaction de ce succès lui aussi à crédit. Moins que dans Un heureux retour ou dans Un vaisseau de ligne, Cecil Scott Forester s’attarde sur les conditions de vie en mer. On sent une volonté de changer de cap, de varier les discours, peut-être aussi de passer derrière les lignes de l’ennemi afin de rendre compte de la complexité du moment historique dont ce cycle de roman semble donner une image si exacte. À l’heure où certains ont l’outrecuidance de célébrer Napoléon, une vision anglaise des conditions de vie sous son règne dégonfle singulièrement le mythe. La guerre se résumera toujours à une population civile affamée, peu crédule d’une propagande belliqueuse. Le succès, pour Hornblower sera une traversée de l’échec. Toujours si renseigné, Pavillon haut raconte le jeu de la réputation, de l’avancement qui déjà tenait à ce qu’en racontaient les journaux. Après ses épiques succès sur la Méditerranée contés dans Un vaisseau de ligne, Hornblower est pris en embuscade. Le roman nous en fera un récit rétrospectif des plus habilement conduit pour enchaîner son héros dans un fatal dilemme. En France il est accusé de piraterie : il s’est emparé d’un navire par un changement fallacieux de drapeaux ; en Angleterre, il sera jugé devant le conseil de guerre pour avoir abandonné son bateau.

Par son aspect éminemment romanesque un récit d’évasion fonctionne toujours. Scott Forester parvient assez admirablement à doser l’action et le répit ouvert par les ennuyeux temps-mort de la fuite. Haletant récit de fuite fluviale, éprouvant récit d’un combat encalminé au large de Noirmoutier. Avec cette solidité du roman d’aventure à l’ancienne, l’auteur parvient à nous passionner. Surtout sans doute par les réflexions par lesquels Hornblower quitte son masque. Dans tous les autres romans, il se veut capitaine impénétrable, combat son désir de parler, joue au whist comme on révèle une personnalité. Par les attendues aventures féminines, Pavillon haut révèle Hornblower aimable. Chez des nobles de retour d’exil, endeuillés par les guerres napoléoniennes, face à leur générosité, le voilà à nouveau face à la culpabilité de la séduction dont, enfin, il prend conscience. Il couche avec la fille de son haute après un naufrage ligérien haut en froideur. Toute la trilogie fonctionnait sous l’opposition un peu simpliste, vaguement misogyne sans doute aussi, entre sa femme Maria, sa pauvreté et sa fade fidélité, et la séduisante et inexpugnable Lady Barbara. Pavillon haut est l’histoire, malgré tout, d’une ascension. Toujours à hauteur des mentalités (à ce que l’on peut facilement penser) l’auteur présente ses actes sans excuses ni justification. Sans trop en dire, soulignons la pertinence de la fin et de l’amertume du succès, la profonde crainte de la satisfaction qui éclaire tout le comportement de Hornblower. On termine cette lecture maritime et estivale avec un plaisir ambivalent, dans la même distance au personnage que nous comprenons un peu moins mal.


Un grand merci à Folio Gallimard pour l’envoi de ce livre.

Pavillon haut (trad Louis Guilloux et René Robert, 317 pages, 8 euros 60)

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