Les ombres filantes Christian Guay-Poliquin

Aventures apocalyptiques, errances d’un retrait dans la forêt, absence d’issu de cet affrontement à la nature. Dans une langue dépouillée, âpre comme l’improbable survie des personnages, avec soudain de saisissants raccourcis, Les ombres filantes est haletant roman d’aventures. Christian Guay-Polequin discrètement réfléchit à nos pessimistes possibilités de survie dans un monde renvoyé à sa plus simple, terrifiante, expression.

Il faut le dire : Les ombres filantes brille par son évidence, jamais son auteur ne s’arrête à commenter l’action, à en tirer je ne sais quelle leçon de moral, pesante alerte. La survie y apparaît toujours comme une temporalité quasiment arrêtée, comme pour montrer la difficulté de survivre à ses instants. Chacun des courts chapitres décrit une séquence temporelle, chacune des parties (la forêt, la famille et le ciel) décrit une perception différente selon l’immédiateté du danger. Dans la forêt, le narrateur – étonnement et réalistement extérieur à lui-même – trouve une montre, son errance pour rejoindre le camp de chasse de la famille sera dès lors minutée. Manière habile d’induire la fatalité. Dans la seconde partie, le temps se comprend à partir d’un calendrier, les jours s’y écoulent morne, tendus. Dans la dernière partie, les instants s’envolent, le dénouement s’annonce.

Je songe à l’éternelle danse des proies et des prédateurs. À la guerre lasse du hasard et de l’inexorable. À la loi du plus fort, du nombre et de la mort.

On le sait, notre monde repose sur une excessive consommation d’énergie. Christian Guay-Poliquin en fait la trame même de son récit : une panne inexpliquée, comme dans le Ravage de Barjavel en moins réac, arrête le monde. Tout le monde fuit en forêt. Le monde alors se divise entre ceux qui restent et ceux qui partent. À l’évidence, aucune solution n’est totalement viable. Le romancier, toujours sans la moindre insistance est malin : ceux qui restent s’enferment dans un monde clôt, inchangé, replié sur lui-même, prêt à défendre par les armes ses ressources qui s’épuisent et se périment. Difficile de ne pas y deviner une image de nos sociétés occidentales. Insistons, c’est important, Les ombres filantes parvient à faire passer toutes ces réflexions comme éléments de l’intrigue. Le narrateur est mécanicien, il sait que l’essence s’évente, use les moteurs. On s’accroche à des ressources mortes. En nos temps inquiets, le roman place une lumière juste sur nos replis sur la cellule familiale. Toujours rattrapé par la tension de son intrigue, Christian Guay-Poliquin n’a pas besoin de souligner l’horreur de la vie retranchée, l’attente anxieuse du prochain hiver confinée, les jeux de dominations qui s’y exerce. La difficile survie au jour le jour, celle si bien retranscrite dans les romans de Roy Jacobson.

Même si la structure du roman m’a parfois évoqué, en moins frimeur peut-être, La route de Cormac Mccarthy, le duo avec l’enfant, Olio est une des parties les plus réussies de ce roman. La survie comme un mensonge, l’usurpation de l’identité des morts. Olio compose avec la situation, avec une belle inconscience, l’aplomb de l’enfance, subsiste en s’inventant des récits. Le rien d’espoir qui survit. Une lecture vraiment plaisante, agréable.


Merci aux éditions de la Peuplade pour ce livre phare.

Les ombres filantes (340 pages, 20 euros)

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