La racine ombreuse du mal Isabelle Caplet – Simone Soulas

Un polar où le débat moral prend un tour métaphysique, s’organise autour d’une plongée dans la pensée cathare. Polar sympathique, calibré habilement et dont la tension dramatique s’exprime dans des ellipses et des changements de points de vue. La racine ombreuse du mal déploie l’hypothèse gnostique, l’envahissant fracas du mal, comme occasion de donner à entendre un autre rapport au monde par le rêve vrai, aux autres par une chaste et haute amitié.

On pourrait commencer comme ça : sans rien y connaître, toujours dans un rationalisme athée, la pensée gnostique continue à exercer une certaine sympathie en nous. Celle de l’hérésie qui renverse l’ordre du monde. Isabelle Caplet et Simone Soulas trouvent une manière diabolique, dans une parole menteuse qui se disculpe en prétendant aider, d’en proposer une vision limpide. La Gnose repose sur l’idée d’un démiurge, dieu mauvais créant un univers de maléfices, une illusion dont la mort nous détournerait. L’hérésie cathare, dans l’idée de celle qui la pratique dans une version pathologique, reprendrait cette idée, donner la mort serait alors une délivrance, une consolation. L’hypothèse de l’univers tout d’artifices, de pure construction diabolique serait une piste de fiction intéressante. Les autrices font le choix de la simplicité, d’une grande efficacité narrative. On passe d’un personnage à l’autre par des lettres, des journaux intimes qui leur permettent de passer sur les temps-morts de l’enquête.

Il ne peut comprendre les minuscules vies de ceux qui ne savent pas qui ils sont, ceux qui existent à peine et ne veulent pas exister davantage.

Un jeu homme est retrouvé, dormeur du val à la bouche cendreuse. Isabelle Caplet et Simone Soulas pointent le premier mal de ce roman éthique : la croyance dans une distinction intellectuelle. Les racines ombreuses du mal décrit le milieu des classes prépa. La création d’une prétendue élite qui n’est pourtant pas ici dénoncée mais juste montrer comme arrière-plan à la fiction. Sans doute dans un souci d’efficacité, les victimes sont tous des jeunes hommes brillants, d’une très grande sensibilité. On aurait aimé avoir une approche des expressions de cette sensibilité. Mais on peut alors penser que La racine ombreuses du Mal se veut tous sauf un roman noir. Avec ce qu’il serait trop facile de moquer comme de la naïveté on peut penser que les autrices cherchent à chanter la survie silencieuse du Bien. Audacieux pari. Alors, le regard social n’est parfois pas si acéré : les gothiques sont des marginaux, les cheveux longs signe de rébellion… Qu’importe peut-être par une question de tonalité. On pense au polar des années 90, 2000, celui (féminin) de Dominique Sylvain voire Fred Vargas. Une autre hypothèse que l’on aurait aimé voir développer est celle du « rêver vrai» de Juliette. Elle intervient comme une sorte de médium dont les visions et autres rêves entrecoupent le récit. Le dénouement en propose une explication psychologique un rien sommaire, efficace sans le moindre doute. On a assez aimé l’étrange rapport, une amitié d’une chaste séduction qu’elle entretient avec Louis Gardeur, un intuitif enquêteur. Un polar plaisant.


Merci aux éditions Maurice Nadeau pour ce livre.

La racine ombreuses du Mal (242 pages)

2 commentaires sur « La racine ombreuse du mal Isabelle Caplet – Simone Soulas »

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