Élise sur les chemins Bérengère Cournut

Récit en quatrains d’un fantastique versifié, d’une errance dans les mythes et la réalité sociale qu’ils laissent apparaître. Bien davantage – mais avec une certaine étrangeté – qu’un roman sur la famille d’Élysée Reclus, Bérangère Cournut signe une fable sur les enchantements du désir. Élise sur les chemins, une jolie promenade onirique.

Parfois vient le soupçon de trop lire, de ne plus parvenir à nous laisser prendre à l’enchantement d’un livre sous prétexte d’en interroger la nécessité. Au fond, nous ne débrouillerons jamais quelle urgence anime l’auteur, quelle image lui intime de plonger dans cet univers, quelle hantise lui guide ses mots. Trop facile, je crois, de parier sur la gratuité, le désir de vendre, quand la nécessité d’un roman et de sa forme nous échappe. Bérengère Cournut introduit une étrange inadéquation, une fausse-piste dont je saisis mal, donc, la motivation. Élise sur les chemins serait un anachronique roman sur Élysée Reclus. On n’apprendra rien sur l’immense géographe anarchiste. Seulement, qui sait, sur la permanence des enfances un peu en marge, sauvages et de leurs désirs d’aller découvrir le monde. De la même façon, si on veut rester extérieur au texte, on pourrait prétendre que pour nous la versification ne s’est pas imposée. Au tout début, ça ressemble à de la pose, ça sonne presque un peu trop. Le récit en paraît d’autant raccourcis. Ou peut-être n’est ce que le souvenir de l’ampleur de De pierre et d’os, le charme de sa magie primitive, exotique.

L’enchantement de l’ici sera toujours d’une séduction plus complexe. Le temps que le vers libre installe sa scansion, les oppositions et (à l’oreille) de ses césures à l’hémistiche, le suspens de ses enjambements. À l’instar de L’était une fois dans l’Ouest, une famille se réfugie dans la montagne. Éclairage intemporel de nôtre maintenant, possibilité de mener une vie autre. Curieux et délicat anachronisme : soudaine une mobylette, puis la fermeture des usines. La vie enchantée, l’enfance à l’écart, continue à se vivre dans un temps autre. Celui des légendes auxquelles Bérengère Cournut donne une belle actualisation. Sur les chemins, Élise croise la Vouivre, figure de la femme serpentine, tentatrice vipère. La fin de l’enfance ou la découverte du désir, de ce qu’Élise pourrait faire pour en préserver son frère. Quand Élysée revient au pays, sa sœur par à sa rencontre. Son cheminement s’orne d’une doublure légendaire : le combat des ondines, Mélusine et anguilles. Toutes les figurations aquatiques, dangereuses, de la femme, Élise les combat avec une tourmaline, pierre magique. La versification prend alors son sens, celui d’une distanciation à une réalité unique. Élise sur les chemins veut aussi dire les enchantements du maintenant. Les carrières sont en crise, il reste la mémoire des luttes, une certaine solidarité anarchiste. Un livre lumineux où laisser alors apparaître les parts sombres de l’enchantement. Peut-être d’ailleurs par un jeu sur la ressemblance nominale : Élie, un autre frère, voire double donc, d’Élysée et d’Élise subit tacitement les charmes de la Vouivre, porte le décentrement du regard de la sainte idiotie. Un bref livre rêveur.


Merci au Tripode pour l’envoi de ce livre.

Élise sur les chemins (172 pages 15 euros)

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