La vague arrêtée Juan Carlos Mendez Guédez

Une sorcière à Caracas, une détective qui, entre magie et violence, cherche une gamine perdue dans un Vénézuela en proie au chaos. Juan Carlos Mendez Guédez livre une réflexion sur le retour, ce qu’on ne retrouve pas après l’exil, toutes les transformations et les attraits d’une ville. Entre deux pensées littéraires ou d’une mélancolie désirante, La vague arrêtée emporte le lecteur dans les manipulations d’une disparition.

Un polar qui part d’une bonne idée : afin de ne pas sombrer dans la stricte et pesante rationalité explicative, la détective aura ici des pouvoirs de voyance. Des doutes surtout sur cette lumière qui éclaire surtout de nouvelles zones d’ombres. Magadelena doute de ses dons, de ses désirs, de ses amours. La vieillesse comme une menace, le temps qui masque les évidences et les réflexes. Juan Carlos Méndez Guédez est assez malin pour en faire des motifs usuels du polar. J’aime tout ce courant du polar qui, humblement, subvertit le réalisme par un jeu de références littéraires. Elles sont ici plutôt bien vues, délicatement ironiques : un dialogue mal entendu et ça ressemble soudain à une phrase de Barthes sur la photo, une héroïne qui en vain s’acharne à lire Tristram Shandy. Et une intrigue guidée par le désir non pas de faire des phrases mais de romancer le réel, de comprendre ce que l’on en ressent à travers la violence de ses péripéties.

Impossible de retourner à la ville que l’on avait aimée. Les villes partent avec vous. Y retourner, c’était retrouvée la photocopie froissée de ce qu’on avait aimé un jour.

Le titre décrit Caracas dans sa légende : elle serait protégée par la vague arrêtée du titre. Le polar est surtout une affaire de lieu. Platitude que de le rappeler mais la ville devient personnage du roman, décor pour une quête de soi, déclaration d’amour malgré tout. Plus que tous les autres romans, le polar joue sur les codes surtout celui sur la façon dont on compose avec notre passé. Ce qui reste des amitiés s’apparente souvent à de la trahison.« Vivre c’est se taire, avancer à l’aveuglette. » Alors une hard-boiled détective au féminin. Toujours un rien de décalage quand cela s’écrit par un homme. Pour autant que je puisse en juger, ça marche. Magadalena erre un peu au hasard entre les truands et les Collectifs censés préserver l’héritage du Commandant Céleste et de son processus révolutionnaire. Un regard social parce qu’acéré, rythmé par une intrigue qui sait passer d’un aspect de Caracas à l’autre. « Dans un boulot, il était nécessaire d’être plus rapide que la vérité, d’être moins évidente qu’une phrase sincère. » Juan Carlos Méndez Guédez, sous le couvert de son personnage, parfois s’abandonne aux phrases, aux sentences un rien égarées dans leur sens de la formule. Là encore sans doute pour introduire une certaine distance au rythme et à la violence d’un livre qui ne se réduit pas au thriller. La vague arrêtée introduit un très sûr écart aux réductions psychologiques. Sa détective jette des malédictions ou des tacites encouragements aux bribes de bonheur croisés sur son chemin. Une impression surnaturelle, sceptique sur tous ceux croisés. Personne n’est ce qu’il paraît, la disparue aussi joue double-jeu. On se laisse prendre.


Merci aux éditions Métailié pour l’envoi de ce roman.

La vague arrêtée (trad : René Solis, 294 pages, 22 euros)

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