L’enfant du silence Abigail Padgett

Des intuitions maniaco-dépressives, de la magie indienne, la communication par un langage des signes qui fait revenir les fantômes. Cette réédition de L’enfant du silence offre la chance de découvrir Bo Bradley, enquêtrice au service de la protection de l’enfance, bi-polaire et à ce titre sensible aux nuances et intuitions, la manière aussi dont sa maladie permet une moins mauvaise compréhension de notre prétendue normalité.

On aime bien ici la collection Millésimes deRivages/Noir. Occasion de retrouver les grands classiques du polar et, pour moi, de retrouver ce décalage temporel, cette impression de lire un livre qui ne se limitait pas à l’évocation de son époque. De bons souvenirs de lectures. Il faut sans doute le dire au plus simple : L’enfant du silence fonctionne, atteint à cet équilibre fragile entre l’intime et son inscription dans une intrigue assez haletante. Pensons ici à La vague arrêtée pour mieux comprendre à quel point Abigail Padgett parvient à instaurer une certaine sympathie pour la magie qui, bien sûr, s’accompagne de doutes et d’incroyance. Peut-être par une vraie sympathie pour son héroïne et ses troubles maniaco-dépressifs. D’abord sans doute par un grand travail de renseignements puis un vrai travail d’écriture pour déterminer comment cette altération de la perception peuvent faire avancer l’intrigue, savoir aussi jusqu’où le lecteur peut partager cette appréhension panique de la réalité. Toute cette prétendue folie de Bo n’est qu’une façon de voir la réalité. Parler de l’aliénation mentale n’a, à mon avis, de sens que si l’on évoque conjointement sa souffrance et son absence de perspective thérapeutique. Par ses troubles mentaux, Bo serait sensible à ce qui se dit, est tu ou appartient au mensonge. Utile quand on travaille dans le service de protection des mineurs. Une belle tradition dans le polar américain que des autrices passer par le travail social, par son contact direct avec ce que l’on nomme la réalité du terrain. Pensons ici à La fille au papillon de Renee Denfeld Belle idée que de montrer les ratages, les erreurs humaines de jugement qui donnent lieu à un drame. Le polar c’est aussi le contact avec la fatalité dans son aspect ici le plus social. La prise en charge administrative serait-elle la moins mauvaise des solutions à une situation sans issu ? Peut-être d’ailleurs grâce aussi à l’humour, noir et donc drôle de ce roman.

Composer avec la moins mauvaise des solutions, tel serait le dilemme de Bo. Prendre son lithium, s’intégrer à la vie dite normale, faire taire par tous les moyens des sensations parasitaires. Abigail Padgett me semble parvenir admirablement à en rendre la matérialité : des intuitions brumeuses, la saveur du souvenir, les réminiscences verbales. Un gamin est retrouvé, seule Bo comprend qu’il est sourd. Elle l’embarquera dans une protectrice cavale. Elle, elle ne cessera de se demander si seule la réalité existe, si sa perception peut en être validée. Code attendu du polar, l’enquête fera revenir le passé, la culpabilité pour sa sœur dont la surdité a empêché l’expression du malaise psychologique. Le rythme de l’intrigue fait d’ailleurs passer cette situation un rien convenue. Surtout par l’intrusion d’une magie paiute. La mythologie indienne s’amalgame avec celle celte, les États-Unis. J’espère pouvoir lire d’autres livres d’Abigail Padgett.


Un grand merci aux éditions Rivages pour l’envoi de ce livre.

L’enfant du silence (trad : Danièle et Pierre Bondil, 269 pages, 9 euros 20)

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