Nouveau départ Elizabeth Jane Howard

Tourbillonnante exactitude psychologique dans la précision des notations, la captation des hésitations, les errements de la vie quotidienne, la lapidaire précision des descriptions. Dans ce quatrième volume de La saga des Cazalet, Elizabeth Jane Howard alterne à nouveau pensées, regrets et aussi, in fine, enthousiasme de ses personnages ordinaires et contradictoires. Alors que la guerre s’éloigne chacun tente de sortir de son rôle, de ses secrets et autres apitoiements. On se laisse totalement happer par ses Nouveau départ.

Pourquoi ça marche ? La question, bêtement simple, revient à la lecture de ce quatrième, et avant-dernier, volume des aventures jamais extraordinaires, toujours banalement quotidiennes, de la famille Cazalet. Moins encore que dans Confusion, ce n’est pas, je pense l’aspect historique qui emporte l’adhésion. L’Histoire par ses détails : les coupons de tissus, le rationnement qui s’étire, le charbon qui manque, la grande peur des biens pensants face à un pouvoir travailliste. L’indépendance indienne comme toile de fond. L’autrice parvient à en faire une cheville romanesque, un motif de conversation, un étai pour faire avancer l’intrigue. Rien de bien nouveau sans doute mais une vraie et humble réussite dans ce qui n’est pas seulement des trucs d’auteurs. On pourrait trouver Nouveau départ un rien datés, appartenant à une conception du roman réaliste, descriptif, psychologique, obsolète. Il faudrait pour cela croire dans le progrès formel, qu’un roman enterre l’autre et le dépasse par ses innovations d’écriture. Je me suis souvent demandé si les romanciers abandonnent l’illusion référentielle peut-être aussi par la difficulté de faire une description sensible, dynamique (comme Balzac savait si bien le faire, le décor comme moteur de l’intrigue) ou plus dur encore de dresser des portraits psychologiques où le personnage paraît à la fois commun et singulier, compréhensible dans ses actes mais sans être stéréotypés.

Pourquoi ça marche ? Allez savoir. Pourtant, parfois si bon de se laisser prendre au sens premier du roman, à la forte croyance d’Elizabeth Jane Howard dans son récit. Une fois encore, elle se sert de Clary pour, assez discrètement énoncé ses principes esthétiques, dans un dialogue dont le non-dit de l’implicite amoureux joue à plein régime. Pourquoi ne pas tenter de dire le plus simplement possible les choses. Y parvenir serait la seule maîtrise romanesque. Elizabeth Jane Howard saisit la mobilité des caractères, leur finesse. Avec un certain optimisme, malgré tout. Peut-être pour souligner notre propension à nous enfermer dans le malheur, à croire y trouver un rôle. Comme dans Confusion, nous avons à nouveau une certaine insistance sur le plaisir féminin, son absence. La sexualité comme une convention sociale de plus, une domination du discours. Critique feutrée de l’autrice : bienséance et politesse comme ferment du secret et du malheur. Nos façons surtout de nous en émanciper, continuer à croire pouvoir trouver sa place. Jeu entre l’attachement et l’éloignement, le soutien tenace, parfois encombrant, de la famille, des amis. Archie et la Duche comme figure de cette compréhension humaine, de la tolérance du laissez-vivre. L’ingérence comme façon d’imposer notre individualité. Polly et Clary, beau duo qui affirme sa dissemblance, confond – sans trop en dire – leur rôle et passion. Elles apprennent avec toujours cette sensibilité qui brillait dans Étés anglais. Comprendre des choix que l’on n’est pas sûr d’approuver, savoir que peut-être on aurait pas fait mieux. Même Edward se teinte d’une pointe d’humanité avec son histoire de médaille, le poids de l’horreur que lui aussi veut connaître. L’ambivalence des sentiments toujours. Ceux de Christopher qui continue à trouver d’autres modalités à son désir de fuir le monde. On attend la fin avec impatience.


Merci à la Table Ronde.

Nouveau départ ( trad Cécile Arnaud, 600 pages, 24 euros)

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