Poèmes à Faye Julien Syrac

Élégie à une actrice porno : de l’attraction magnétique à la mélancolie masturbatoire. Poèmes en globish d’un désir globalisé et soudain sous l’humour, la provocation, pointe l’invention verbale, la tristesse contemporaine, la scansion de l’apostrophe à ce qui s’évanouit. Julien Syrac chante ici ce qui revient au-delà de l’intangible de fantasmes marchandisés.

Sur le papier des poèmes à une actrice porno, des pornésies, nous a d’abord parût un rien douteux : une sorte d’esthétique de la provocation, un sempiternel renversement du beau (« la boue ne donne pas dort » ; Baudelaire aussi est retourné). Julien Syrac parvient, pourtant, à faire de Faye Reagan une « jerking class heroes ». C’est sans doute cela qu’il faut d’abord souligner : la poésie ici tient à une aptitude à façonner du sens derrières les emprunts et détournements sonores. Des poèmes avec la langue si on ose dire. De l’anglais de film porno, de son argot, Julien Syrac parvient à faire une drôle de langue. La poésie n’est pas sérieuse, est-il utile de le rappeler ? « Just a damn pornhobby » mais « I’d rather like to know/le how qu’on ne show pas. »

La poésie ou l’au-delà de l’image. Ici le slow-motion, la précision de cette pornographie qui ne cache rien, surexpose. Histoire d’une obsession pour cette « muse des heures creuses » est celle qui invente d’autres fascinations, d’autres point d’accroches physiques : en gros plan, la bouche dévoile ses caries. La précarité de cette société du spectacle, ses faux-semblants. Une autre histoire des États-Unis, Faye, fille putative de Reagan. Fantasme, rire et dégoût, « mumuse cruelle/d’un siècle sans poésie »,le tout se perd dans les nuées , la blancheur des carrelages, la torpeur des heures perdues : « Universal Prostitution/Worldwide Fuck/Global Tristesse/and son on/and son forth. » Alors, reste l’invocation, « solo nébuleux » en vain, l’apostrophe à Faye qui rythme le recueil et sa casual versification. Pensée un rien dérangeante de ces Poèmes à Faye : l’ordinaire de la pornographie. Heureusement, le désir est ailleurs.


Un grand merci à Quidam éditeur pour ces poèmes.

Poèmes à Faye (136 pages, 15 euros)

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