Tous les vivants C.E Morgan

La simplicité d’une histoire dénudée jusqu’à l’allégorie : sentiments et contradictions, tacite opacité d’un couple hasardeux précipité dans l’âpre sécheresse du Kentucky. Sous la plume lumineuse, intemporelle, empruntée presque parfois de tendre vers un sens universel, Orren et Aloma se déchirent et acceptent.

Il arrive parfois qu’une première impression vienne fausser toute une lecture sans que l’on ne parvienne jamais à l’attester. Dès les premières pages de Tous les vivants, se demander si on entendait une voix, si l’on parvenait derrière le style à reconnaître une sensibilité. En être pas encore tout à fait convaincu permet au moins d’interroger sur ses propres attentes. Ne serait-ce pas accorder trop de place à l’auteur que de vouloir le deviner derrière chacune de ses phrases ? Est-il encore possible d’écrire un roman singulier sans sombrer dans la sophistication formelle ? Alors, Tous les vivants joue de cette impression d’emprunt, de redites. Mais, nos vies ne ressemblent-elles pas à cela : un heurt de discours déjà dits qui nous dépassent ?

Distorsion critique de vouloir déceler, surtout dans un premier roman, traces d’influences, voire de pastiches. Immédiate familiarité de l’univers de tous les vivants. La littérature américaine sudiste, ses accents bibliques. Mais, jeu subtil de décalage : Kentucky, époque indéterminée. C.E Morgan n’est jamais tout à fait où on l’attend. Elle parvient à nous décrire un isolement hors du temps : l’inconscience d’une solitude amoureuse. Deux orphelins esseulés se rencontrent. En marge, ils s’aimeront, affronteront l’installation du quotidien, le travail et les jours, les dissensions dans les aspirations. Rien de bien nouveau mais en sort-on vraiment jamais ? Beau personnage complexe d’Aloma, son désir de musique, d’un monde un peu plus raffiné reprend cette vieille contradiction états-unienne entre la main à la plume et la main à charrue. Tous les vivants parvient à nous faire toucher cette souffrance qui ordinairement nous paraît assurer le ressenti. L’urgence du désir, odeur et contact et cette proximité qui, plus tard, révèle si bien les distances.

Aloma rencontre un pasteur, la fin de l’innocence. Une sorte d’occultation de ce qui devrait être un péché. Orren cultive les tabacs, tait ses peines, passe maladroitement sous silence son deuil et le déni qui l’exprime. La pluie ne vient pas. On pourrait presque penser que le couple affronte l’absence de fertilité. Curieux point de vue de l’autrice qui se soustrait assez habilement à toute réprobation. Rien que des scènes, leurs sensations, la progression d’une incompréhension qui paraît se dévoiler. On ne sait qu’en penser. C’est bien. Un rapprochement pour une vache qui vêle, les poules dont Aloma ne sait prendre soin. Une sorte de réconciliation qui signe l’Espérance. Rien qu’une histoire dont on tirera, ou pas, les interprétations que l’on peut.


Merci à Folio Gallimard pour l’envoi de ce roman.

Tous les vivants (trad : Mathilde Bach, 288 pages, 8 euros 10)

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