Le désespoir avec modération Paul Lambda

Traversée de la fin du monde, de nos disparitions, avec l’ironie d’un fantôme, le rire d’un revenant, l’amusement moins misanthrope qu’attendri. Ponctué de semblants d’haïkus, de hasards nés de la théorie du chaos ou d’un dérèglement algorithmique, Le désespoir avec modération promène ses déplacements langagiers, ces plaisants paradoxes comme on s’accommode d’un désespoir dont on ne sait que faire sinon rire.

L’exercice de l’aphorisme, au fond, guette la dissemblance, voire le rejet. Paul Lambda en invente plusieurs qui ont suscité un profond écho. « Quand tu te sens vide, joue avec l’écho. » J’aurai pu placer cette sentence en épigramme de mon essai Un vide, en Soi. Derrière l’humour (et ce livre est vraiment drôle : suffisamment rare pour le souligner), le regard n’est jamais désabusé ou résigné. Rien qu’un vide profond, contemporain qui sait, dont il s’agit, en s’amusant, de se prémunir. Il me semble que Paul Lambda (peut-être une fois encore parce que j’en entends des échos en moi) parvient sous sa légèreté (l’aphorisme comme art de se réduire à une fausse superficialité ?) à débusquer les encombrants lieux communs de notre époque. L’imminence de la catastrophe, le seuil des mondes, la déception de l’Apocalypse dont la seule révélation serait la disparition. « Je reviens du futur/ bien obligé/ il n’y en a plus. » Un questionnement qui me hante : la fin du monde comme refuge, perspective paralysante, mais puisque tout est foutu. « Cette fois encore il fut décidé de ne pas réintroduire l’homme en milieu naturel. »

En attendant la fin du monde, la bruyère est en fleur.

Bien sûr, on ne saurait résumer ce recueil d’aphorismes à une thématique unique. Il papillonne joliment, écoute souvent la rumeur du monde, détourne, à peine sans doute, des conversations qui en laisse entendre la pantoise absurdité. Reste l’idée d’un désespoir comme un effacement, son écriture comme une disparition. « Si j’efface plus que je n’écris, je disparais. » On évoque le suicide, de place au soleil sous un réverbère. « J’ai entendu dire qu’un poète était mort hier. Ça fait beaucoup de mots que je ne comprends pas. » Indeed. Pourtant une indéniable poésie se détache du Désespoir avec modération. Celle de la chute marquée d’un tiret cadratin. « Sans raison de vivre/ – il reste la joie. »


Merci à l’auteur pour l’envoi de son recueil.

Le désespoir avec modération (80 pages, 10 euros)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s