Tribu Nathalie Yot

Le rapport à l’autre : domination, désir de meurtre, solitude et parfois ainsi se dessine l’espoir d’une étrange tribu. Dans la chair, les gestes et les silences, Nathalie Yot creuse la possibilité, toujours inespérée, d’un contact à autrui. Un couple s’offre un témoin de leur éloignement, de leur amour qui se trouvera alors réinventé dans la perversion de cette domination, renversable qui sait mais toujours prééminente. Un livre joliment heurté sur nos contacts contondants à l’Autre.

On pénètre dans l’oeuvre de Nathalie Yot comme sur un territoire inquiétant de par sa familiarité qui toujours nous échappe, jamais entièrement nous satisfait. Le prix de la singularité, de l’altérité. Elvire, « un éclatement »peu à peu nous entraîne dans son sillon, dans ce subtil décalage de perception, dans cette douce folie qui souvent nous tient lieu de rapport au monde quand il a l’audace, la douleur sans doute aussi, de se croire unique. Dans le confort matériel aussi de se confier radicalement à ses sensations et ses tremblements. L’occasion pour l’autrice parfois de se laisser porter par une appréhension poétique. Le risque de l’excès, la pensée qui est pure matière verbale, flux de conscience enfermé dans son désir de sens, peut-être. « si le vent n’existait pas on ne connaîtrait pas la folie. » Qu’est-ce que cela veut dire, hors l’instant ? Allez savoir. Elvire est musicienne, centrée sur sa musique, étrangement peu à l’écoute. « Cette perturbation au contact d’autrui peut la rendre inapte au partage, elle s’égare et s’isole. » Une très haute solitude, le souvenir de l’ardeur, de « la beauté incomparable de cet amour, la dévotion dans ce geste à vouloir assouvir l’insensé. » Elvire aime Yann ou peut-être serait-ce davantage l’inverse. On entre alors au cœur du roman : les rapports de force dans tout contact à autrui. L’amour et l’attente : l’espoir. Dans le geste parfois, dans son inconscient pour ne pas dire son inconsidéré. L’amour de l’incertain de l’avenir, sa mise en spectacle au moment où cet amour s’effiloche. On le sait « la réalité de l’émotion est ailleurs. Dans le mutisme. Les émotions sont muettes. Et sourdes aussi. »

Le roman n’a peut-être pas d’autre histoire : verbaliser les émotions, les placer en regard pour un peu moins mal, qui sait, les comprendre. Ou s’en débarrasser pour mieux les laisser revenir. Attendre aussi qu’autrui prenne la parole. L’appréhension de l’événement , du moment où ça va dérailler et où, enfin, va s’inventer un autre lien à l’autre. C’est toute la valeur qu’il convient d’accorder au roman : se rassembler, se ressembler, n’a rien d’évident et se fait donc dans une forme de détestation, de domination, de dévoration. Entre dénonciation et admiration, dans la distanciation au personnage , c’est aussi ce que nous promet Tribu. Mina est femme de ménage, elle vient se nettoyer au café des brumes, elle est introduite de force, pour ainsi dire, dans l’histoire d’Elvire et de Yann. Mina et Yann se retrouvent dans une demeure : jeu d’enlèvement pour mimer le ravissement amoureux. Un enfermement aussi, la violence qui est là, tente de trouver une façon d’assouvir les désirs cannibales d’Elvire. Le vivre-ensemble dans ses pulsions et perversions. Quelque chose de dérangeant comme notre rapport à autrui.


Merci aux (éditions) La contre Allée

Tribu (170 pages, 17 euros 50)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s