L’autre femme Mercedes Rosende

Quelle équivoque traduction donnée à nos désirs, à nos ressentiments passés et autre vengeances ? Roman noir malin et rieur, L’autre femme raconte l’histoire d’une méprise, d’une femme qui trompe autant qu’elle trompe, d’une autre femme qui n’est jamais celle que l’on croit. L’autre femme, tout en péripéties, permet à Mercedes Rosende de plonger dans l’intime d’une femme, dans tout ce qu’aura toujours d’équivoque, de perpétuellement possiblement autre, le récit que l’on se fait de nos vies.

On est content de retrouver les éditions Quidam qui cette fois nous convie à un voyage ambivalent en Uruguay. C’est sans doute ce que fait Mercedes Rosende dans ce joli roman noir : nous parler d’autre chose. Au début, on pourrait croire, craindre surtout, qu’il s’agit d’un livre sur l’obésité, la ségrégation sociale subie par celles qui en souffrent, le poids normatif de nos sociétés. Sujet toujours casse-gueule que d’enfermer une pathologie dans de trop simples déterminismes. La littérature, c’est toujours d’en faire autre chose. Ruse et tromperie, mensonge protecteur : la parole sur soi. Détours donc qui permettent, on l’a dit, une certaine vision de Montevideo, en creux de la société uruguayenne. Une spécificité globalisée ; la vie telle que l’on s’arrange pour la mener.

C’est vrai, je ne suis pas de ce monde, je ne l’ai jamais été. Et tout ce que j’ai fait pour lui appartenir, même les choses les plus atroces, m’a finalement laissée au même endroit et toujours aussi seule.

Une histoire de solitude, de fantômes donc. Ursula est seule, elle traduit des poètes haïtiens, des traductions aux hantises de son propre passé. Le titre original insiste davantage sur l’équivoque. C’est toute la réussite de L’autre femme : ne pas totalement décidé de la valeur de vérité de ce passé qui revient. Le poids du passé paternel comme indice du basculement dans laquelle notre héroïne ne va pas tarder à basculer. Un père trop occupé à prendre des photos pour y apparaître, une fille qui aime écouter les conversations, sait reconnaître les odeurs, préfère donc se réfugier dans une certaine traduction du monde. Mais une fois encore, Mercedes Rosende nous parle d’autre chose. Avant de basculer dans la plate explication psychologique, nous passons dans le roman noir, dans l’aspect de comédie qu’il peut si rapidement avoir. Ursula reçoit un appel, une demande de rançon pour un mari qui n’est pas le sien. Bien sûr, les choses ne seront pas ce qu’elles semblent. Elles s’enchaînent dans un très joli rythme. Alternance de chapitres et de point de vue. Une victime insupportable, un kidnappeur manipulé et qui entretiendra d’ailleurs une sorte de sympathie trompeuse et hilarante avec Ursula. Comme elle, on se laisse prendre au plaisir voyeur de tout roman, à la justesse de l’ellipse, à la manière dont l’autrice point nos silences, nos façons de toujours parler de ce qui importe peu, conscients toujours de « la discussion qui masquait la discussion, celle que nous n’affrontions pas, celle que nous que nous évitions. » L’autre femme offre alors un beau jeu de dédoublement sororale.


Merci à Quidam éditeur pour l’envoi de ce roman.

L’autre femme (trad : Marianne Millon, 229 pages, 20 euros)

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