L’été froid Gianrico Carofiglio

Bari et sa mafia : comment en dire les rouages, comment en dire la morale quand elle se révèle aussi fluctuante que celle des flics censés la combattre. Gianrico Carofiglio crée un nouveau personnage, mélancolique, consciencieux , littéraire : le maréchal Feneglio. Au-delà de son aspect quasi documentaire un rien explicatif, L’été froid séduit par son interrogation sur le langage, ses mises à distances, ses possibilités d’aveu.

Je suis persuadé d’avoir déjà lu du Gianrico Carofiglio. Impossible de me souvenir du titre, de l’intrigue, chez Rivage sans doute. Vague souvenir d’une mélancolie qui sonnait juste, qui ne cherchait pas à tout prix à se distinguer et qui, dès lors, échappait à la figure attendue du flic quitté par sa femme, en proie, forcément, à la déliquescence d’un système sociale dont il sait n’être plus le garant, au mieux le garde-chiourne. Rien de nouveau sous le soleil, dit ainsi. Alors, il faut le dire autrement, continuer à s’interroger comment on parle, ce que cela révèle de nous. L’été froid insiste sur la pudeur, la distanciation trouvée face à l’horreur. Surtout celle insurmontable, dont si souvent le roman s’est emparé, de l’infanticide. On aime beaucoup l’idée d’un emprunt à Italo Calvino pour entrecouper, dans toute la deuxième partie, le récit de compte-rendu verbatim d’interrogatoire. Calvino expliquait l’intérêt qu’il trouvait à lire des rapports de police, leurs emprunts de périphrases, de formules alambiquées traduirait leur embarras, le besoin d’altérer, de rendre plus formelle, une réalité dont sinon douleur et empathie deviendrait fort difficilement supportable. Gianrico Carofilgio se l’approprie comme un discret exercice de style, par antéposition des noms et prénoms, par un rendu apparemment désensibiliser des horreurs qu’il met en scène. Il faut bien admettre, cependant, que dans cette deuxième partie (qui nous narre la confession d’un mafieux qui craint d’être accusé de l’enlèvement de l’enfant de son principal rival), nous touchons aux limites du genre. Si nous voulions être plus casant que nous le sommes, nous dirions que cette partie finit par donner l’impression d’être un manuel de la mafia pour les nuls. Rituels d’initiation, grades, crimes ordinaires, planques et vocabulaire, surnoms en dialecte, il ne manque rien. On le sait, l’auteur a été juge antimafia. L’auteur connaîtrait-il trop bien son sujet ?

Car nous sommes tous victimes du hasard, même dans le cas de meurtres avec préméditation.

Heureusement, l’auteur a la bonne idée de savoir rythmer son roman, de le laisser glisser vers une autre intrigue. Un peu comme chez McIllvaney, le protagoniste de L’été froid ne saurait parler de lui. Il se dévoile dans des dialogues (toujours distancié, qui ne cherche pas à faire vrai, mais tombent juste), dans la lenteur et les emballements de la procédure. Beau personnage, en contrepoint, de Pellechia. Soulignons aussi cette sorte de désinvolture propre au polar, l’apparente légèreté de ce qui fonctionne.


Merci à Folio Gallimard pour l’envoi de ce roman.

L’été froid (trad : Elsa Damien, 416 pages, 8 euros 70)

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