La main de Dieu Valerio Varesi

Une enquête au sommet pour l’inspecteur Soneri. Toujours, hélas pétri d’une nostalgie sans précision, Valerio Varesi emporte son lecteur dans un univers montagnard délicieusement clos, dans une belle réflexion sur les communautés qui appartiennent à la montagne, résiste à son délabrement. La main de Dieu, un polar plaisant.

Peut-être faudrait-il que le polar, un jour, s’économise le recours quasi obligatoire à la nostalgie, qu’il évite alors de mettre en scène l’enquêteur comme révélateur des dérives morales d’une époque face à la prétendue pureté morale de celles qui précédent. Loin de moi l’idée de laisser entendre une prétendue perfection de notre moment historique ou pire de croire qu’il serait meilleur, tendu vers un progrès dont il est de plus en plus difficile de déchiffrer les indéniables signes. Avouons quand même avoir tiqué à comprendre, assez vite, qu’un des thèmes de La main de Dieu allait être la déchristianisation. Pas pour moi, vraiment, de regretter une prétendue unité spirituelle, le sens de la communauté par l’oppression sociale et politique exercée par l’Église. Hors mon anticléricalisme, je me demande surtout à quelle époque précise le monde était entièrement chrétien, à quel moment (hormis peut-être au Moyen-Age), il ne regrettait pas son passé. Passons. Soulignons quand même que Valerio Varesi trouve un moyen malin pour mettre en dialogue, voire en accusation (c’est-à-dire dans une compréhension qui n’excuse rien), ce discours. Pour en finir (si seulement) avec la nostalgie, soulignons quand même que celle de Soneri manque à notre sens singulièrement de substance. L’inspecteur se retrouve coincé, à l’instinct, dans un village de montagne. Des images de la vie d’avant, d’une enfance dont nous n’aurons aucune bribe, aucun contour. Aucune précision sur sa vie dans les villages. Une scène ou deux, des visions n’auraient sans doute pas été en trop.

Pourtant, on retrouve ce que l’on goûte chez Valerio Varesi : les dialogues qui se veulent mise en partage d’une morale qui ne saurait apparaître autrement que dans les cas de conscience. On les aura, de manière un peu entendue, avec le curé. Véritable personnage principal, les dialogues avec Soneri permettent d’en montrer la complexité. Le cureton est un rien exalté. Sans doute retrouve-t-il ainsi une forme première d’accueil, d’hospitalité inconditionnée. Soneri se retrouve dans un village à l’écart, désireux d’une modernisation à tous crins, aisément confondu avec un bétonnage massif. À tout prix sortir de l’isolement, son aspect de triste désertification dont Varesi rend aussi les impasses. Une communauté un rien fermée, de celle dans lesquelles aime à se plonger le polar. Le prêtre est l’un des seuls à défendre ceux qui refusent ce progrès ou, disons-le mieux, en invente un autre qui serait aussi préservation du passé, prise en compte du temps long, celui des arbres comme le fait le forestier Afro. Il faut noter aussi l’évocation assez juste d’une communauté qui vit, éternels maquisards, les Faunes, qui vit dans les alpages. On aime l’idée que c’est de là-haut que renaîtra une autre vie, celle qui, du progrès, ne prendra que le strict nécessaire. Valerio Varesi est malin : il ouvre dans son polar des contre-poids. Une jolie histoire d’héritage dont personne ne saurait trouver le récipiendaire. On se laisse porter.


Merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce roman.

La main de Dieu (trad Florence Rigollet, 368 pages, 21 euros 50)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s