Le code Twyford Janice Hallett

Le désir de mystère et les trésors mal acquis que cache le langage ; les mensonges et autres dissimulations de la littérature. Un thriller malin, un poil trop long, où un homme, un petit braqueur lambda vieillissant sorti de prison confie à son téléphone son passé, les folles élucubrations, bref toutes ses arrangeantes vérités, sur le livre qui lui aurait donné envie de lire. Le code Twyford ou le plaisir de déchiffrer, de créer de nouveaux codes dont Janice Hallett joue, bien sûr, pour tromper son lecteur.

Au hasard des services de presse, des réceptions de livres pas entièrement sollicités. Sans doute n’aurais-je pas spontanément lu Le code Twyford. Aucunement par snobisme, juste que je ne suis pas sûr de totalement apprécier les livres trop réussis, construits et calibrés, rythmés pour être lu avec frénésie. Pas seulement par esprit de contradiction, le lecteur compulsif que je suis peu traîné sur ce genre de livre. Pas mécontent, pourtant, de lire les dernières émanations du thriller psychologique. Se surprendre d’ailleurs à se dire que le narrateur peu fiable, témoin partial voire menteur y devient, depuis Paula Hawkins omniprésent, quasiment une loi du genre. On notera que Janice Hallet en invente une variante : pour rendre hommage aux dérivations de sens qui font la littérature, elle décide de confier toute la narration à des enregistrements, à leur retranscription et surtout à leur erreur. Yahvé et Épi à comprendre phonétiquement. Steven Smith cause donc au téléphone que son fils biologique lui a laissé. La solitude et toutes ses inventions, les dérives du désir de sens. Il paraît que nous serions tous friands d’énigme, de révélations sur ce qui se cacherait dans la banalité. Avouons être assez peu touché par cette propension, confessons également que c’est la partie du livre qui nous a paru la plus longue. Smithy se voit, du moins veut-il nous le faire croire, entouré de décrypteur à la petite semaine, commence à voir des signes partout. Peut-être sent-on un peu trop vite ses dissimulations, l’autrice en fait sans doute un peu trop dans les pistes et surtout dans les preuves censées y mener. Voilà notre héros au dictaphone sur les pistes de l’or soustrait au Nazi, en principe envoyé au Canada et dont seule une autrice pour enfant aurait été, par les liens de son mari, au courant. Notons au passage un élément un rien dérangeant : Edith Twyford serait une autrice délaissée, chassée des écoles pour sa misogynie, son machisme latent et sa misanthropie patente. Le code Twyford s’empare d’une tendance contemporaine au complotisme et s’amuse (espérons que ce soit consciemment) avec son mode de réflexion : si c’est interdit, c’est que cela cache quelque chose. D’ailleurs, si on va par là, le livre est publié chez Denoël. Peut-être faudrait-il chercher des indices sur la disparition, durant la guerre, de son fondateur. Je plaisante bien sûr.

Il faut malgré tout souligner un des attraits de ce livre. Le polar ou la révélation des mondes que l’on fuit. Un éclairage en creux de nos quotidiens. Smithy est seul, il croise une inventive (n’en disons pas plus) bibliothécaire. Évocation réussie, c’est l’autre centre du roman, de son passé, des familles de substitution qu’il s’est inventé. La vie d’une petite frappe dans les années 80. Tout est si tristement beau, horriblement cohérent quand s’est inventé, arrangé, nous suggère avec beaucoup de justesse Le code Twyford.


Merci aux éditions Denoël pour l’envoi de ce roman.

Le code Twyford (trad : Cécile Leclère, 462 pages, 23 euros)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s