The last Hanna Jameson

La fin d’un monde sans explications ni cohérence technologique, des survivants prisonniers d’un hôtel en Suisse, un témoin qui enquête pour ne pas voir sa situation. Roman post-apocalyptique mâtiné d’une intrigue policière, presque convaincant quand il met en place les oscillations mentales et la douce folie d’une réalité confiné, The last interroge sur son arrière-fond politique.

Avouons que si je n’avais pas gracieusement reçu ce livre, il ne me serait pas venu à l’idée de le lire ; avouons aussi avoir poursuivi pour une curiosité mal placée. Expliquons-nous : je tente ici de parler d’éditions indépendantes, de petites structures qui publient des œuvres dont la langue, altération et mutation, est le souci premier et dont, partant, la vision du monde procède de cette même volonté de changement, de ce refus de la réalité telle qu’elle serait. Mais, il m’arrive de craindre l’élitisme, de vouloir parler de ce qui se vend. Ou peut-être simplement, qu’il m’est difficile de ne pas lire un livre reçu. Qu’importe. Venons-en à The Last. On est pour moi directement interpellé par le flou du propos, son pesant apolitisme. Si on voulait être cassant, on se dirait que l’autrice corrige au fil du récit ses incohérences. Des bombes nucléaires touchent les États-Unis puis un peu partout dans le monde. On ne saura jamais qui et pourquoi a lancé cette attaque nucléaire. Une explication confortable à une fin du monde dont alors se dédouaner. Hanna Jameson, vers la moitié d’un roman un peu long, semble s’être dit qu’il fallait tout de même faire débat, à mots couverts, il s’agit de choquer personne. Alors, on accuse l’ancien président des États-Unis de la montée des armes nucléaires. On ne pointe par contre aucun autre belligérant. Ne cédons pas à cet automatisme facile de la critique qui consiste à s’engouffrer dans un défaut pour mieux ne pas lire le roman. Un autre point m’a posé problème. La grande horreur de cette fin du monde confortable, théorique, tiendrait à un écart difficile aux réseaux sociaux. Qu’on me corrige, mais il me semble qu’une grande partie du réseau internet, ses DNS si j’ai bien compris, soit située aux États-Unis. Ces serveurs sautent et internet n’émet plus. Passons sur la question de l’électricité pour évoquer celle centrale du capitalisme. Le monde s’écroule, quelle naïveté de penser que les gens continueront à aller bosser dans vos centrales nucléaires pour vous fournir de l’électricité, que les réseaux sociaux continueront à diffuser leur service sans profit. Autant penser qu’il n’y aura aucun profiteur de crise…

Continuons plutôt à démonter la logique de la critique. Prenons garde à l’entraînement de l’éreintement. Hanna Jameson souligne alors la nécessité de témoigner, d’en faire un divertissement, une façon de masquer son emprise sur le monde. L’autrice met alors en place une intrigue policière minimale, prétexte à l’exploration de l’hôtel et de ses habitants. Tout ceci est hélas présenté comme des dilemmes moraux sinon gratuit du moins inaboutis. Je vous conseille le passage qui, par maladresse me semble-t-il, offre une curieuse justification de la peine de mort. Passons. Sur le sujet, en nettement plus pessimiste, on vous conseille de plutôt vous pencher sur Les limbes de Bzjeurd d’Olivier Silig. Dans The Last, l’humanité tient bon, croit encore en elle-même ou plutôt vit cette expérience comme du transitoire tourisme apocalyptique. Au fond, c’est peut-être ceci qui explique que je ne sois pas rentré dans ce roman dont, à chaque instant, on voit la construction : les personnages sont plats, ordinaires, attachés à un mode de vie qu’il s’agirait surtout de ne point remettre en question.


Merci aux éditions Hachette pour l’envoi de ce livre.

The last (trad : Noam Cochin, 384 pages, 21euros 90)

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