La Mort de Marat ou l’énergie du vide Hilda Nord

Exégèse du tableau La mort de Marat de David, ce livre propose surtout une belle réflexion sur ce que l’on peut représenter, sur comment donner une figure, une perception qui ne figerait rien, au vide, à l’amitié, au peuple. Dans ce bref et dense essai, Hilda Nord transforme le discours sur la peinture, son érudition et ses jeux sur les dichotomies, en une matière de penser autre chose, de voir dans le vide un devenir, voire une subversive plénitude.

Parler de ce livre présente deux difficultés majeurs. Sans doute ne faudrait-il, d’abord, pas parler des livres publiés par son propre éditeur. Peut-être ne faudrait-il pas, ensuite, évoquer des essais dont on ne maîtrise que fort mal le sujet, ici l’esthétique dans son versant philosophique. Ces difficultés ramènent alors à mon propos initiale : il s’agit sur ce carnet de lecture de s’approprier, comprendre de rendre autre, ce que je trouve dans chaque livre, d’en faire un miroir, un dérivatif aussi, à une pensée en perpétuelle construction. Avec, bien sûr, tout ce que cela entend de rétrospectif ; une manière de reprise de ce que je n’ai pas su dire, concevoir surtout sur un sujet aussi énorme que le vide. On continue d’être hanté, « nous nous vouons au vide » comme l’affirme Hilda Nord. On ne saurait le dévisager pour ce qu’il est, une sorte de Rien magnétique sans visage. Notons quand même l’instructif passage, entre Parménide et Lao Tseu, sur l’importance du non-être dans l’être dont le vide donne une idée. Sans peur de la facilité de la formule, on le dirait ainsi : Hilda Nord donne une vision matérialiste de ce vide. Pur espace de projection, autant si perdre.

Le vide n’est pas une vacance, il n’est pas un vide à combler, il est un espace ondoyant et variable qui étreint de sa contingence toute chose, et trouve dans la couleur l’outil pour faire sombrer dans les anfractuosités de sa virtualité.

Le vide dans La mort de Marat ou l’énergie du vide n’est donc pas un simple arrière-plan révélateur. L’autrice part pourtant de ce pan de mur écrasant, envahissant qui révèle la figure de Marat. Toute projection reste purement abstraite, la logique, après, tente de la faire croire indépassable. Avouons, dans les premières pages, s’être un peu demandé quel était la pertinence de laisser entendre que ce pan de mur, cette révélatrice servait à figurer le peuple, voire plus difficilement compréhensible l’amitié qui liait Marat à cette abstraction révolutionnaire. Sans doute faut-il pour comprendre le propos d’Hilda Nord opérer une traversée d’une pensée qui paraît procédé par binaires oppositions. Fatum contre factum, excarnation contre incarnation, immersion contre émersion. Ou pour parler de constructions mentales à mon sens plus parlantes : vacance versus vide. « C’est pourquoi le vide est un espace où être, tandis que la vacance est un espace où croire. » Il convient de souligner la puissance conceptuelle de ce qui est en jeu ici tant parler d’un livre revient à exprimer ce qu’on en jalouse. Trouver ce que je ne suis pas parvenu à dire dans Un vide, en Soi, notamment l’importance de la physique quantique. On retrouve alors une idée à notre sens essentiel, une idée que la peinture parvient à combattre et dans lequel le langage s’enfonce : la figuration est fixité, représentation préconçue, idéologique pour ne pas dire morte. On retrouve alors l’idée du vide comme expression du peuple quand on compare ses représentations dans le réalisme soviétique, une figuration positive, morte, rien que signifiante. Hilda Nord introduit alors une distinction décisive entre la figuration et la figure au sens que Deleuze lui prêtait : « la forme sensible rapportée à la sensation. » Un pan de mur qui alors figure le vide, en donne une idée, « le vide n’existe pas comme un vide, il n’établit par sa présence qu’une plénitude définissant ce qui est. » Continuons à représenter des formes sensibles, des figures pleines de virtualités.


Un grand merci à Abrüpt de m’avoir donné ce livre.

La mort de Marat ou l’énergie du vide (77 pages, 7 euros)

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