En pays d’Aase Jean-Daniel Botta-Philippe Crab

Voyage dans les vocalises du langage, exploration rieuse, aux allures souvent d’improvisation, d’un pays, Aase, où le A règne en roi, où le Verbe une fois énoncé devient réalité. Jean-Daniel Botta et Philippe Crab font de ce dialogue une surenchère, une interrogation aussi du pouvoir d’incarnation de cette langue rendue ici à son pouvoir sonore d’association d’idée, de matière. Une douce fantaisie.

Lire un livre : être partagé. Question d’oreille, d’écoute, des limites des pouvoirs de l’imaginaire. Il faut l’admettre, En pays d’Aase parfois n’a pas marché pour moi. Occasion parfaite pour préciser mon positionnement critique : une question est revenue souvent au fil de cette lecture que met en jeu cette fantaisie, quel réel déplace cette farandole de mots qui, parfois, n’ont pas fait chez moi image. Faut-il vraiment qu’un livre entre en tangence avec du personnel, effleure un vécu partageable pour toucher ? Ou peut-être j’aime seulement quand l’abstraction, disons, se teinte de gravité. Mais, lire c’est aller contre soi. Accepter la légèreté ludique de cet enfer pour rire, de ce bagne verbal où les piments poussent sous les ongles, où les bagnards produisent de l’énergie, alimentent des discours.

Philippe Crab est ma pensée suivante, c’est pour ça qu’on a élaboré le chapeau-tandem, un moyen quadrupède d’évasion

Reprenons puisqu’il n’est sans doute pas mauvais de se demander comment on écrit à deux. On aime le choix, assez représentatif de l’écriture du livre, d’avoir opté pour un symbole de botte et de crabe pour, au début, signaler le passage d’un écrivain à l’autre. Nous sommes pas très loin du cadavre-exquis et, comme dans l’écriture surréaliste, la rechercher du plus haut degré d’arbitraire dans l’analogie de l’image tient lieu de logique. Mais, peu à peu, ce jeu sur les mots dessine des enfermements. Aase se qualifie d’abord, dans ce que les auteurs nomment première saison, par une obligation du A. Renversé, il dessine d’ailleurs de jolis triangles pour séparer les propos. Les délires allais-je dire. Des marinières et des piercings reproducteurs : compter/conter comment on tourne en rond. Dans une danse légère, un rien surannée aussi certes. On se centre alors sur Migenne, ville-monde, reproductible à l’infini. Un bagne. On y raconte des histoires, ultime échappatoire. Des mouches et des cow-boys, des beaux-pères bien planqués dans leur arbre.


Merci aux éditions Louise Bottu pour l’envoi de ce livre.

En pays d’Aase (146 pages, 14 euros)

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