Iochka Cristian Fulaş

Roman des silences, des corps, des fous, des alcooliques et de tous ceux qui se sont réfugiés dans une vallée, à l’écart du temps, loin croient-ils d’une mort qui finit par les rattraper. Roman sur cette façon d’être ensemble, sans un mot, de se soutenir, un verre à la main, de se disputer, de former une société, de se taire dans ce qui serait, qui sait, compréhension primale, intelligence du corps et du désir. Iochka raconte l’itinéraire d’un homme, muré dans son silence, dans l’illusion d’un temps immuable, dans une vie à l’écart. Avec une grande simplicité, Cristian Fulaş tend un récit métaphysique sur les silences de l’âme, les folies de l’esprit, sur tout qui maladroitement exprime notre rapport aux autres, au monde.

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L’inamour Bénédicte Heim

La violence de l’accès au langage, de la compréhension du monde par un idiot magnifique, plus lucide que ceux qui lui en infligent souffrance et soumission. Dans une langue hachée comme les pensées en formations qu’elle restitue, comme la douloureuse préservation de la beauté qu’elle invente, L’inamour restitue le terrible naufrage d’une famille trop attaché à son prétendu prestige, à la domination culturelle qui en serait le vecteur premier. Dans une langue magnifiquement idiote, dans un souffle mais aussi dans le malheur d’être réduit à celui qui ne saurait parler, Bénédicte Heim donne à entendre non le handicap mental, mais l’exactitude de la perception, les différentes traductions de la folie domestique.

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Elvis à la radio Sabine Huynh

Les mots de l’enfance, leurs répétitions et la mémoire, mis à nu par l’écriture, de la souffrance, de la faim, de l’incompréhension ; les identités (fille, mère ; traductrice, étrangère) ainsi révélées. De Saïgon, à la banlieue lyonnaise, de Londres à Tel-Aviv, itinéraire d’une enfant maltraité, de son refuge dans la langue des livres, dans le silence, à sa lente construction dans les oblitérations du langage. Dans une prose qui tend ses interrogations, les mises en question dans une pratique réflexive de l’écriture, Sabine Huynh éclaire ses traumas enfantins, ce qui en revient d’insoutenables maltraitances, les souffrances physiques qui en résultent comme une réalité trop longtemps tue pour n’être pas présenté comme des réminiscences pleines de lacunes, d’inventions. Elvis à la radio ou l’écriture de l’étrangeté autobiographique, une très belle tentative de compréhension de ce que l’on a été.

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La fin d’une ère Elisabeth Jane Howard

Derniers Noëls à Home Place, l’effondrement d’une entreprise et, en dépit du malheur, la vie qui, dans son obstiné matérialité, dans ses détails si finement restitués, continue. La saga Cazalet, toujours aussi attentive aux ressentis de ses personnages, s’organise autour de la faillite de l’entreprise familiale et sur la manière dont chaque branche parvient à s’inventer autre chose. Toujours avec sa grande précision, dans une élégance virevoltante vue le nombre conséquent de personnage pris en charge, avec une vraie tendresse pour eux jamais aussi patente qu’au moment de les quitter, le roman décrit discrètement une période, celle où les souvenirs des guerres s’estompent, où la reconstruction se fait sur un autre mode, moins dominateur, plus tendre aussi notamment pour les personnages masculins. La fin d’une ère ou des adieux presque joyeux, une transmission possible au monde qui vient.

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Le monde des amants Michel Surya

Ce qui pourrait revenir, être sauvé, par l’amour ou par la révolution. Ample et libre spéculation sur Nietzsche, la mort, la manière de raconter une vie comme pour la faire revenir, pour en préserver l’acuité, la solitude et l’angoisse. Histoire d’un homme seul, à la mer, qui veut écrire une autobiographie de Nietzsche et qui met en dialogue sa vie (parfois moins que son œuvre)avec celle d’un autre probable alter-ego de l’auteur, Dagerman, son expérience de l’amour, du salut, ses autres visions sur la possibilité de l’éternel retour, sur la venance de l’amour. Le monde des amants est surtout le récit de « Vies », un entrecroisement de réflexions éclairées, de liens fragiles et éclairants comme autant de chance d’une conversation qui, comme celle qu’il veut retranscrire, aurait fait se rencontrer Benjamin et Bataille, Kafka et Canetti. Dans une prose entêtante comme le ressassement d’un monologue, Michel Surya invente un magnifique retour de la pensée nietzschéenne.

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