Le roitelet Jean-François Beauchemin

Fragments bucoliques de l’âme, l’été et la camaraderie, contempler le ciel, écouter le Monde, en saisir l’inquiétude, en percevoir troubles et fulgurances dans le miroir d’un frère malade, dans celui d’une volonté de s’inscrire dans la spiritualité, l’acquiescement à la perte, aux spectres qui hantent nos vies. Derrière la légèreté de ces instantanés, Jean-François Beauchemin saisit les instants d’enchantements, leur gravité, fugace poésie, méditations métaphysique, silencieux soutien. Entre promenade avec son chien, souvenir d’enfance, vie domestique au jardin, Le roitelet se révèle éloge de cette considérable banalité de la vie ordinaire, de sa contemplative poésie.

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Roca Pelada Eduardo Fernando Varela

L’altitude de l’absurde, les latitudes ouvertes par l’isolement, la garde d’une frontière sur le toit, tremblant, du monde. Les confins sont hantés par les apparitions, illusions d’optiques et sensations de déjà-vu, momies et magies, l’ombre de l’amour, l’invention de l’ailleurs. Roca pelada raconte donc la vie à un poste frontière comme oubliée dans les Andes, des militaires surveillent une frontière, la déplacent dès que l’occasion se présente, baptisent des météorites, regardent le paysage et les rêves insomnieux imposés par leur coupure du monde. Eduardo Fernando Varela décrit les glissements, pas seulement de terrain, de ce lieutenant Costa qui, pas seulement par désœuvrement, observe des signes, s’invente des aventures et invite ainsi le lecteur le peu d’importance des frontières données au réel.

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Au bord du lit Emmanuel Régniez

Appropriation d’une obsession, expression des hantises morbides, celles ressenties dans la maladie, celle pressentie dans La chute de la maison Usher d’Edgar Allan Poe, admirable réécriture surtout de cette façon d’habiter la grâce, de cette perpétuelle inquiétude de la beauté. Emmanuel Régniez nous revient avec un court texte assez insaisissable, plein d’images et d’échos, de rêveries et, partant, de profondes spéculations sur la part de mort, de tabou aussi, dont s’inspire, s’anime, toute création artistique. Au bord du lit est, tout à la fois, une réécriture des obsessions dernières de Claude Debussy auxquelles l’auteur parvient à donner chair, à animer ce dialogue avec l’opéra qu’il veut tirer de la nouvelle de Poe, à ce dialogue incessant où s’éclaire une interprétation gémellaire et incestueuse de ce si beau texte qui est ici donné, dans sa traduction de Baudelaire, en un nécessaire complément.

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La vengeance de Fanny Yaniv Iczkovits

Les liens du récit, la possibilité, ou non, de se soustraire à sa communauté, de s’en inventer une autre, de comprendre celui que l’on déteste, que l’on poursuit en entendant son histoire, sa version arrangée des faits. Très joli roman d’aventure, plein de récits enchâssés, de personnages vivants, souffrants, dérisoires et magnifiques, La vengeance de Fanny plonge le lecteur dans une communauté juive de la Polésie du XIXe siècle. Pour une histoire d’abandon du domicile et de la famille, Fanny s’en va rechercher son beau-frère, non sans, au passage, exercé son talent de bouchère rituelle, subir les foudres de la police secrète, croiser un chanteur que l’on paye pour qu’il se taise, des anciens militaires enrôlés de force dont un deviendra, par ses mots, une salvatrice légende. Yaniv Iczkovits s’interroge avec une grande finesse, un grand sens du rythme et du suspens, sur la traduction des idéaux, sur l’ordinaire décence de toute vie quotidienne, sur ses oppressions, mais aussi, pour la communauté juive de toujours composer avec ce qui arrive.

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La vierge néerlandaise Marente de Moor

Escrime de la folie, ballet des douloureux dédoublements et gémellités qui servent d’image à ce combat, contre soi-même avant tout, que sont le noble art. L’histoire d’une jeune fille, naïve lectrice de Tolstoï, qui s’initie à l’escrime, aux conceptions aristocratiques, pour ne pas dire schizophrénique, de son maître, un ancien ami de son père, une victime de guerre qui se refuse à voir ses plaies suturées. Manière de nous donner à voir l’Histoire en marche, son opposition entre une rigueur prussienne, assez dingue pour voir de la noblesse dans la guerre, et celle d’un nazisme, nous sommes en 1936, belliqueux qui cristallise toutes les rancunes. La vierge néerlandaise parvient ainsi à se pencher sur l’Histoire de la première guerre mondiale en Hollande, ses répercussions. Marente de Moor livre ici un solide roman historique.

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