Un bref instant de splendeur Ocean Vuong

Le corps du désir, de l’absence ; les mots du désir et de l’exil. Lettre à la mère, hommage à son corps souffrant, à celle qu’elle inflige, récit d’une arrivée aux États-Unis, invention d’un écrivain qui tente, au-delà des excuses et par la fiction, la poésie qu’elle recèle, de s’approprier sa langue et dire ainsi la découverte de son homosexualité, le désir et sa perte à travers un portrait sensible de l’Amérique paumée, droguée. Dans une très jolie prose, souvent inventive, apte à inventer motifs et images pour rendre l’obsession, Ocean Vuong signe un premier roman d’une grande finesse dans sa réflexion pratique sur le langage. Un bref instant de splendeur ou la beauté, le désir, la lumière malgré l’horreur.

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Isadora Amelia Gray

La vie après la perte, le corps et la danse, l’exigence et ses monomanies, dans les soutiens, tensions et jalousies familiales. Splendeur et contingences de l’existence d’Isadora Duncan après la noyade de ses deux enfants, au plus près de la psychologie — comprendre sans masque ni complaisance — de la grande danseuse qui entre génie et égoïsme, souffrance tapie et apparente indifférence, tente de se reconstruire, d’inventer une autre chorégraphie, un autre mouvement pour un autre rapport à son corps. Avec une grande précision, une capacité à se plonger dans la psyché de tous ceux qui entourent Isadora, dans une langue limpide et parfois trompeuse (notamment par son usage de la comparaison), Amelia Gray offre un portrait délicat d’une femme véritablement, charnellement, libre. Isadora pose aussi la question de la dévoration de la fascination.

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Le lâche Jarred McGinnis

La pulsion de ratage, l’accusation d’autrui pour les échecs ainsi engrangés, les conséquences d’un deuil, les suites d’une permanente fuite de soi. Par le récit d’un accident qui laisse le protagoniste paraplégique, le contraint à s’interroger sur son passé — la perte de sa mère, l’alcoolisme de son père —, à s’inventer un quotidien, à jouer de ses provocations souvent très drôles d’être très noires, Le lâche interroge les justifications, les enfermements, de notre malheur, la difficile invention de soi dans l’acceptation de la culpabilité. Derrière un humour assez rugueux, Jared McGinnis fait le portrait d’une certaine Amérique, possiblement la sienne par une curieuse identification autobiographique, d’où sans pathos, il sait évoquer, entre deux donuts, les sentiments bruts d’un père et d’un fils.

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Hôtel Castellana Ruta Sepetys

Des amours contrariées aux dernières années du règne fasciste de Franco, la vie dans un grand hôtel quand le pays, par intérêt commercial, s’ouvre. Fresque populaire (avec donc les facilités de la grande efficacité) où s’entend la difficulté de la vie dans l’après-guerre où l’épuration perdure pour les enfants des Républicains. Dans la peau d’un hériter texan, naïf et curieux, Ruta Sepetys dit l’horrible répression de la vie sous la dictature. Tout de romanesque, pour ne pas dire de romance, Hôtel Castellana est un roman d’une efficacité entendue, une lecture distrayante.

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Le livre des rêves Jack Kerouac

Les rêves, au jour le jour, dans une sorte d’improvisation semi-consciente, dans une mise en récit ayant la cohérence des obsessions, le sens aussi qu’on veut bien lui prêter. Entre 1952 et 1960, Kerouac, au réveil, note ses rêves, en laisse bruire la musicalité, les thèmes fondateurs. Le livre des rêves ou un écrivain à contre-jour, qui sur le métier interroge les images qui reviennent, met sans doute aussi en scène la fabrique d’un imaginaire.

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