Qu’on leur donne le chaos Kae Tempest

Sept voix dans la nuit, 4h18 à Londres, on est paumé, seul et sans sens : contemporaine colère. Kae Tempest déroule son texte, ses sonorités puissantes, ses collages de pertes et de défonces, d’anéantissements salariales et de fatigues quotidiennes. Qu’on leur donne le chaos pourtant ne cède pas à la résignation : dire ses existences suffirait, qui sait, à restaurer, à inventer, leur capacité d’amour.

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La fin d’une ère Elisabeth Jane Howard

Derniers Noëls à Home Place, l’effondrement d’une entreprise et, en dépit du malheur, la vie qui, dans son obstiné matérialité, dans ses détails si finement restitués, continue. La saga Cazalet, toujours aussi attentive aux ressentis de ses personnages, s’organise autour de la faillite de l’entreprise familiale et sur la manière dont chaque branche parvient à s’inventer autre chose. Toujours avec sa grande précision, dans une élégance virevoltante vue le nombre conséquent de personnage pris en charge, avec une vraie tendresse pour eux jamais aussi patente qu’au moment de les quitter, le roman décrit discrètement une période, celle où les souvenirs des guerres s’estompent, où la reconstruction se fait sur un autre mode, moins dominateur, plus tendre aussi notamment pour les personnages masculins. La fin d’une ère ou des adieux presque joyeux, une transmission possible au monde qui vient.

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Mordew Alex Pheby

La foudre et sa démange, la magie et ses déformations de la Trame, Mordew et les manipulations de son maître. Formidable roman d’aventure, récit initiatique haletant, très souvent teint d’une ironie à la Dickens, réflexion aussi sur les maléfices du pouvoir, telle serait, d’une traite, la première lecture de Mordew. Cependant, Alex Pheby outrepasse le roman d’héroïc-fantasie, le degré matériel de son récit, les aventures de Nathan Treeves qui affronte son destin, les interdictions paternelles, les péripéties des bas-fonds, l’apprentissage de la magie, l’écoute d’un curieux livre animé d’une aide incertaine. Dans ce roman, annoncé comme une trilogie, l’auteur, notamment dans le glossaire qui referme cet ample roman, réfléchit à la perméabilité des univers, à comment l’immatérialité des concepts informe et déforme notre monde matériel. Manière radicale d’inventer un autre monde, une logique autre, dans lequel nous happe Mordew.

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Open Water Caleb Azumah Nelson

Les mots qui manquent, leur évitement face à l’amour, à l’oppression, mais aussi grâce aux respirations dansées, à de musicales cassures rythmiques. Belle surprise d’un premier roman qui parvient à suggérer la complexité des relations amoureuses, la difficulté de l’honnêteté, les exigences de l’écriture et la confrontation avec la pesante invisibilité d’être Noir dans l’Angleterre contemporaine. Caleb Azumah Nelson signe un roman saturé de musique, d’obsédantes répétitions, de la vérité fragile des sentiments, de la vie et de sa difficulté d’être au fil des saisons.

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Dernière nuit à Soho Fiona Mozley

Les existences qui s’entrecroisent, s’ignorent et se heurtent, dans un quartier qui s’effondre. Galeries des femmes et des hommes qui font Soho, ses mythes, ses pubs, ses putes et ses gangsters, croqués en quelques lignes, finement décrits dans cet aveuglement ordinaire et cet aveuglement égotistes que l’on nomme quotidien. Dernière nuit à Soho décrit comment l’on se débat pour maintenir un héritage, comment on lutte contre la gentrification, comment on vit, simplement, dans nos contradictions. Fiona Mozley parvient à une critique rieuse et sautillante, rythmée et légère de ce petit morceau de Londres, de ceux qui le font et l’habitent.

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