Protag Pierre Barrault

Duplicata à l’absurde, par un photocopieur détraqué, des rocambolesques aventures d’un espion nommé Protag. Jeu malin sur les variantes du récit, sur tout ce que le roman d’espionnage peut avoir d’emprunté, de redites de situations caricaturales, d’invraisemblances sans doute aussi. Protag propose un insidieux basculement dans l’absurde, dans son comique mais surtout dans une interrogation sur l’identification à un personnage qui jamais n’est autre chose qu’un duplicata. Pierre Barrault pastiche admirablement le roman d’espionnage, en de très courts fragments qui le réduise à l’essentiel (dissimulation et à de rocambolesques pirouettes physiques) dans une poursuite effrénée de scientifiques hongrois, de micro-film et d’une dangereuse caméra thermique.

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Attaquer la terre et le soleil Mathieu Belezi

L’imbécile brutalité de la colonisation algérienne, armée et agricole. La vie quotidienne des colons, son implacable et absurde dureté ; les bains de sang éhontés de barbares militaires censés apportés civilisation et progrès. Pour donner à voir l’insoutenable de cette situation, Mathieu Belezi cisèle l’apprêté, les apartés, de sa langue d’où, sans ponctuation, émergent des bribes de dialogues, rythmes et motifs d’une incapacité à, d’une part, s’acclimater et, d’autre part, le fou conditionnement meurtrier. Attaquer la terre et le soleil où l’horreur à hauteur d’hommes et de femmes.

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Zizi Cabane Bérengère Cournut

Cartographie d’une disparition et des façons différentes dont on compose avec l’absence et le deuil. Aux confins de la magie, au seuil sombre de tout enchantement, dans les rets de l’enfance, dans la difficulté à se construire, à trouver sa place dans le roman familial, sous les auspices du conte de fée, Zizi Cabane explore les structures de la famille, le lien au paysage, la définition de soi dans les rêves, les jeux et autres adultes obsessions. Entremêlant — pour donner voix aux rives de l’absence, parole aussi à cette envahissante et curieuse rivière qui envahit tout — poèmes et récit en prose — pour donner voix à la construction d’une enfance, à l’éloignement de la perte, à la préservation fragile des visions et de leurs enchantements —, Bérengère Cournut poursuit son exploration, fluviale et cartographique, du territoire onirique, à l’écart d’un ordre du monde dit réaliste, qui constitue la moins mauvaise part de nous-mêmes.

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Pas de souci Luc Blanvillain

La vie ordinaire par les secrets qu’elle invente, les drames qu’elle voudrait vivre et auquel, par une ironie tragique, elle se trouve confronter. Avec une haute verve comique, avec le sens du rythme et des situations adéquat, Pas de souci entraîne dans une sauvage, et assez drôle donc, réinvention d’un passé lisse, terriblement banal. Luc Blanvillain livre alors le portrait acidulé, amusé, d’une certaine génération, celle dite des boomers, derrière son apparente insouciante, face à sa détonante capacité au bonheur, face surtout à une nouvelle génération un peu paumé, un peu égaré dans l’audio-description d’une vie qu’elle ne sait tout à fait vivre.

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Musée Marilyn Anne Savelli

Dispositif muséal pour dire la dissipation photographique, la disparition du regard, la diffraction de l’objet contemplé. Habilement, le livre nous enferme dans un musée, un mausolée, dans la parole surtout d’accompagnement qui confond chaque photo, en saisit le lieu, fige l’instant inventé de la prise de vue, invente ainsi la pluralité de celle qui exista — tragédie ou enchantement ? — uniquement à travers le regard d’autrui : Marilyn Monroe. Au-delà du travail d’érudition, de la passion monomaniaque, Musée Marilyn captive par la prosopopée de quelques-unes des photos les plus célèbres de l’icône, finit surtout par prendre dans ses rets le lecteur qui devient lui-même un curieux amalgame d’acteur et de spectateur, de guide et de visiteur, bref un contact avec celle qu’était, aurait pu être, Marilyn Monroe le temps éternel d’une photo. Le flux poétique de langue d’Anne Savelli sait susciter cette fascination, ce mirage, cette fiction, cette fragmentation que sera toujours une existence reconstituée.

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