Au bord du lit Emmanuel Régniez

Appropriation d’une obsession, expression des hantises morbides, celles ressenties dans la maladie, celle pressentie dans La chute de la maison Usher d’Edgar Allan Poe, admirable réécriture surtout de cette façon d’habiter la grâce, de cette perpétuelle inquiétude de la beauté. Emmanuel Régniez nous revient avec un court texte assez insaisissable, plein d’images et d’échos, de rêveries et, partant, de profondes spéculations sur la part de mort, de tabou aussi, dont s’inspire, s’anime, toute création artistique. Au bord du lit est, tout à la fois, une réécriture des obsessions dernières de Claude Debussy auxquelles l’auteur parvient à donner chair, à animer ce dialogue avec l’opéra qu’il veut tirer de la nouvelle de Poe, à ce dialogue incessant où s’éclaire une interprétation gémellaire et incestueuse de ce si beau texte qui est ici donné, dans sa traduction de Baudelaire, en un nécessaire complément.

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Les heures abolies Lou Darsan

Blancheur nocturnale d’un temps en retrait, arctique et amoureux, au-delà de l’attente, dans l’écoute onirique du dehors, de la faune et de la flore, des tremblements du Moi, des réchauffements de l’autre. Dans une belle écriture, sonore et sensible, ostensible parfois aussi hélas, Lou Darsan enregistre les frémissements de cette solitude partagée, l’immobilité des souvenirs nomades, leur confusion face à un paysage où froid et nuit étendent leur insidieux empire. Les heures abolies est une belle spéculation sur l’isolement, la rêverie, mais interroge sur l’individualisme de cette solitude à deux, amoureuse.

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Shamane Marc Graciano

Décomposition, quasi mystique, des gestes qui, dans excluent toute psychologie et enseigne, sans rien démontrer, une attention à ce qui est, un acquiescement au monde, une observatrice adhésion à la faune et la flore chez cette jeune fille, vivant dans son camping-car. On retrouve les enchantements de la prose de Marc Graciano , sa capacité à saisir l’incessant flux de l’univers, son attention à ce qui passe pour des personnages sacrifiés, au seuil de la déraison, d’une liberté que l’on pourrait dire folle. Avec quelques réserves, quelques sophistications de l’écriture, Shamane surprend et interroge surtout par le découpage de son ultime scène, sa façon de contempler, comme de l’extérieur, ce qu’il décrit.

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Des îles II Marie Cosnay

Raconter les disparitions, séparer les vivants et les morts, leur donner un nom, une sépulture, témoigner de leur passage. Le deuxième volume Des îles, îles des faisans 2021-2022, reprend les enquêtes, leur indéfectible soutien, leur mystère et autres infinis tracas administratif, dont Marie Cosnay, entre colère et espoir, rend compte. À la fois non-fiction documentaire, recueil de l’histoire oral et réflexion sur l’art de raconter, de porter, une histoire, Des îles II est surtout accablant témoignage des morts que l’on accepte au nom du repli sur nos frontières et autres fariboles identitaires qui, précisément, privent d’identités tous ceux qui ne peuvent que vouloir les traverser. Largement centré sur la frontière basque, toutes ces vies et morts un instant recueillies donnent une horrible (car réaliste) image de l’Europe, des ONG, du flottement administratif auxquels on réduit des vies humaines.

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Le livre de Sacha Véronique Sales

Poursuite des différentes incarnations de la grâce, ballets des différentes, et voyageuse, existences d’un groupe d’amis réunis autour de Pacha, un ethnographe fantasque hanté par son progressif aveuglement et les disparitions jalonnant ses tumultueuses vies. Dans la finesse de ses portraits, dans l’ambivalence entre profane et magie, enchantement et étriquée existence quotidienne, Le livre de Pacha livre une belle spéculation sur les Moi différents dessinés par la mémoire, sur les altérations de nos amours, les attractions de nos amitiés, et notre effréné désir d’ailleurs qu’il passe par l’ethnographie ou l’écriture. Dans une prose miroitante comme la magie qu’elle guette, dense comme les désillusions ainsi traversées, comme la complexité de ce que nous percevons, Véronique Salles construit une belle méditation sur nos voyages au travers la disparition.

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