Des jeunes Federigo Tozzi

Des sortes d’étrangeté, des effondrements, de soudaines révélations du malaise entre les hommes, de la cruauté aussi dans ses personnages comme en confuse fuite d’eux-mêmes. Vingt-quatre nouvelles où transite l’inquiétude, où l’auteur approche au plus près l’indétermination, l’incertain refus de la prétendue normalité de la vie adulte, les oscillations et reniements amoureux — la vie à côté de laquelle si facilement on passe. Des jeunes déploie, avec une discrétion très grande, son constant décalage, cette distanciation mélancolique de ceux, humbles ou légèrement égarés, qui mal trouve leur place dans cette Italie du début du siècle si finement décrite. Federigo Tozzi captive par la douce âpreté de ses récits, leur flottement, cette conscience et douloureuse mise à l’écart qui ne saurait valoir résignation.

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Une vérité changeante Gianrico Carofiglio

Comment met-on en récit sa propre vie, comment d’autres, dans des procès-verbaux, la mettent en mots, en traquent vérité et interstices. Dans cette très brève, quasi anecdotique, enquête du maréchal Fenglio, nous retrouvons notre enquêteur qui s’interroge sur la langue et la vision des faits qu’elle informe à travers la précision d’une procédure et des rouages sociaux qu’elle met en lumière. Gianrico Carofiglio signe un trop bref polar d’atmosphère, une enquête ordinaire.

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Tu l’as bien mérité Barbara Frandino

Les déchirements cruels du couple, l’ordinaire jusqu’à l’horreur de la vie conjugale, dissection de nos acceptations, des ambivalents renouveaux qui en ressortent. Barbara Frandino, sans échappatoire, nous enferme dans les rancunes de l’infra-ordinaire : la découverte d’une tromperie, la vie maritale qui ensuite se délite sans se rompre, les liens d’un secours rageur, les constructions parentales, sociales, des contraintes du mariage. Tu l’as bien mérité se lit avec le rythme d’une fugue, de courts chapitres où se révèlent toute l’ambivalence de la culpabilité de la narratrice.

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Mes désirs futiles Bernardo Zannoni

La lecture comme conscience du temps ; l’écriture comme lutte, futile, contre la mort. Dans cette fable animalière, derrière la cruauté de son univers enchanté, l’histoire d’une fouine boiteuse qui, chez un rusé renard prêteur sur gage, se pose avec insistance la question, assez contemporaine, de l’âme animale, de ce que peut nous apporter la connaissance et sa transmission. Dans un récit malin, enjoué et sombre, Mes désirs futiles ne se contente pas d’anthropomorphiser ses animaux, de tendre un miroir à ce que nous sommes, mais plutôt aux questions que l’on se pose. Pour son premier roman, Bernardo Zannoni trouve la simplicité du plaisir du récit.

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Pétrole Pier Palo Pasolini

Cercles capitalistes, progressistes, de l’Enfer, ample réflexion, dont il ne reste que des notes, sur les récits, la façon dont les construire à partir de citations et de pastiches, d’emprunts et de collages ; récit renseigné aussi sur les magouilles mafieuses, étatiques, d’une compagnie pétrolière italienne, récit simultané des mythes et des scissions, des interdits et tabous prétendument levés par une émancipation dont Pasolini ne cesse d’interroger le progrès. Ultime œuvre de Pasolini, Pétrole est un de ses romans inépuisable, résistant toujours à toute interprétation unitaire, où l’auteur développe sa conception de l’art du roman, de la politique, du fascisme comme de l’intellectuel de gauche. Un roman total dont la fragmentation, l’incertitude sur son achèvement, reste l’horizon le moins imparfait.

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