Les oubliés Thanassis Hatzopoulos

La lucidité de ceux qui ont des absences, la clairvoyance des réprouvés, la pureté des sensations de ceux qui sont mis à l’écart tant ils vivent dans leur propre monde, tant ils brouillent les frontières, tant ils voient des fantômes, révèlent l’oubli que nous serons. Au plus près de la séparation des sensations, à hauteur de leur isolement, de leur handicap aussi, nous suivons le destin, ordinaire et magnifique, d’Annio et d’Argyris. Une jeune femme qui souffre d’un léger retard de développement intellectuel promène le lecteur dans une petite ville rurale grecque : la vie dans ses enchantements et incompréhensions, les rites et ce qui y échappe quand la mort s’installe. Un jeune homme épileptique regarde le monde derrière son comptoir de pharmacie, joue de la musique avec une feuille de laurier, hérite de la charge des morts avant de les retrouver. Dans une prose poétique, naïve et profonde, Les oubliés dit habilement cette pénétration de la mort et de l’oubli dans ce monde humble. Thanassis Hatzopoulos parvient à dire non tout ce qui s’efface mais les rites et les gestes avec lesquels on combat l’oubli, on laisse subsister ses vies minuscules, magnifiques.

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La bouée Natacha Andriamirado

La discrète fantaisie du décalage, celle d’un point de vue amusé, empathique pour les secours, les fuites et autres bouées inventées pour survivre à la tenace déraison de nos vies. Onze nouvelles autant de basculements dérisoires que Natacha Andriamamirado accompagne de délicieux récits où elle surprend le déclencheur de ses textes, poursuit la singularité d’une appréhension curieuse, sceptique, du monde un peu fou qu’en partage nous avons.

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Heureux soit ton nom Sotiris Dimitriou

Entre l’Albanie et la Grèce, deux sœurs tiraillées par les tyrannies de l’Histoire, ses incessants déplacements forcés et surtout la très grande misère qui en ressort. Par l’admirable traduction de Marie-Cécile Fauvin, nous entendons la langue dialectale, la rudesse de sa ruralité, sa grande pudeur, la beauté de sa résistance, retranscrit par Sotiris Dimitriou comme témoignage primordiale d’un monde enfoui. Heureux soit ton nom ou la très dure réconciliation de deux peuples.

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L’autre femme Mercedes Rosende

Quelle équivoque traduction donnée à nos désirs, à nos ressentiments passés et autre vengeances ? Roman noir malin et rieur, L’autre femme raconte l’histoire d’une méprise, d’une femme qui trompe autant qu’elle trompe, d’une autre femme qui n’est jamais celle que l’on croit. L’autre femme, tout en péripéties, permet à Mercedes Rosende de plonger dans l’intime d’une femme, dans tout ce qu’aura toujours d’équivoque, de perpétuellement possiblement autre, le récit que l’on se fait de nos vies.

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P.R.O.T.O.C.O.L Stéphane Vanderhaeghe

Rhétorique de la guerre sociale, dystopie de la disparition de nos luttes, diffraction de notre quotidien. Entre couvre-feu, répression, ultimes soubresauts de combats clandestins, avec une pluralité de voix, d’existences qui s’entrecroisent, Stéphane Vanderhaeghe se livre à une réflexion sur ce que nous vivons, ensemble, sur les guerres que le langage mène en nous, sur le lien ténu qu’il parvient – entre tags et désirs – malgré tout à maintenir. P.R.O.T.O.C.O.L. ou les collectives latences de notre maintenant.

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