L’antre Brian Evenson

Apocalypse schizophrénique, machinique, spéculative, où les derniers sursauts de vies s’interrogent sur les bribes de consciences dont elles conservent mémoire, sur la part d’humanité, de personnalité que l’on peut, qu’elle-même pourrait, accorder à ces répliques, à ces ultimes avatars robotiques. Dans une grande simplicité, celle du cauchemar, ce court roman plonge le lecteur dans les survivances des ultimes survivants d’une planète polluée, possiblement irrespirable tout en étant, qui sait, surtout les projections mentales d’un cerveau aux confins de la folie. L’antre retrouve la part fondamentale de la littérature d’anticipation : que demeurera-t-il de nos façons de réfléchir, de nos ontologies dans un avenir catastrophique. Brian Evenson séduit par la sècheresse de son style, la grande tension de sa prose et l’évidence avec laquelle il ne cesse de poser cette question : et si notre humanité ne tenait qu’à l’illusion de transmettre, au bord, du gouffre, quelque chose de ce que l’on prend pour notre personnalité.

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L’homme-nuit Pierre Cendors

Exploration, à nouveau, des solitudes nocturnales, mythiques et magiques ; poétique spéculation (jeu de miroirs et de dédoublements autant qu’hantée méditation) sur notre part obscure, les morts qui nous hantent, les sacrifices qui nous tentent, les fuites qui sont cette vérité de l’être que, de livres en livres, Pierre Cendors poursuit. Dans un empire imaginaire, les dieux de l’obscurité sont chassés au nom de la lumière, celui qui en est le secret archiviste, l’énigmariste, est pourchassé, nous suivons ses métamorphoses, sa quête d’une nuit où se franchir. Somptueux roman, L’homme-nuit embarque son lecteur dans ce récit d’aventure autant que d’exploration intime où fantômes et dieux absents disent l’obstinée lumière de l’obscurité.

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L’inamour Bénédicte Heim

La violence de l’accès au langage, de la compréhension du monde par un idiot magnifique, plus lucide que ceux qui lui en infligent souffrance et soumission. Dans une langue hachée comme les pensées en formations qu’elle restitue, comme la douloureuse préservation de la beauté qu’elle invente, L’inamour restitue le terrible naufrage d’une famille trop attaché à son prétendu prestige, à la domination culturelle qui en serait le vecteur premier. Dans une langue magnifiquement idiote, dans un souffle mais aussi dans le malheur d’être réduit à celui qui ne saurait parler, Bénédicte Heim donne à entendre non le handicap mental, mais l’exactitude de la perception, les différentes traductions de la folie domestique.

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Les oubliés Thanassis Hatzopoulos

La lucidité de ceux qui ont des absences, la clairvoyance des réprouvés, la pureté des sensations de ceux qui sont mis à l’écart tant ils vivent dans leur propre monde, tant ils brouillent les frontières, tant ils voient des fantômes, révèlent l’oubli que nous serons. Au plus près de la séparation des sensations, à hauteur de leur isolement, de leur handicap aussi, nous suivons le destin, ordinaire et magnifique, d’Annio et d’Argyris. Une jeune femme qui souffre d’un léger retard de développement intellectuel promène le lecteur dans une petite ville rurale grecque : la vie dans ses enchantements et incompréhensions, les rites et ce qui y échappe quand la mort s’installe. Un jeune homme épileptique regarde le monde derrière son comptoir de pharmacie, joue de la musique avec une feuille de laurier, hérite de la charge des morts avant de les retrouver. Dans une prose poétique, naïve et profonde, Les oubliés dit habilement cette pénétration de la mort et de l’oubli dans ce monde humble. Thanassis Hatzopoulos parvient à dire non tout ce qui s’efface mais les rites et les gestes avec lesquels on combat l’oubli, on laisse subsister ses vies minuscules, magnifiques.

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La bouée Natacha Andriamirado

La discrète fantaisie du décalage, celle d’un point de vue amusé, empathique pour les secours, les fuites et autres bouées inventées pour survivre à la tenace déraison de nos vies. Onze nouvelles autant de basculements dérisoires que Natacha Andriamamirado accompagne de délicieux récits où elle surprend le déclencheur de ses textes, poursuit la singularité d’une appréhension curieuse, sceptique, du monde un peu fou qu’en partage nous avons.

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