
Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand roman, datant de 1931, Hermann Broch sonde les peurs, les valeurs, les transcendances, d’un moment de bascule (1888-1918) et surtout les mouvements de l’âme, les justifications, les relations et les errances de Pasenov, Bertand, Esch et Huguenau et toutes celles qui les entourent. Les somnambules est éclatant témoignage de cette ultime modernité littéraire qui, dans l’entre-deux guerres, en le faisant forme totale (ici poésie, théâtre et essai), pensait renouvelle ses mythes afin de concourir à cette intelligence du monde dont le premier signe reste la prescience des catastrophes qui s’annoncent. Éclairante lecture pour maintenant.