Un vide, en Soi

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L’instant décisif Pablo Martín Sánchez

L’Histoire comme entremêlement fortuit d’itinéraires, comme naissance de substitution. Avant L’anarchiste qui s’appelait comme moi, l’auteur parvient, dans un degré de fiction toujours difficile à déterminer, à amalgamer les événements historiques, ici le 18 mars 1977 : jour d’une possible amnistie, journée buissonnière de grève, d’échappée d’un cynodrome, de remisage d’un tableau qui observe la scène, mais aussi jour de la naissance de l’auteur. Dans une reconstitution si sérieuse qu’elle ne peut-être qu’un trompe-l’œil, le fruit aussi d’un sérieux travail historique, L’instant décisif fait naviguer entre ces destins, la curiosité de savoir comment ils finissent par se croiser, un amusement vrai qui dit, au passage, les tensions de toute une société. Pablo Martín Sánchez signe une belle interrogation sur les si révélateurs faux-semblants de la fiction.


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La nuit des orateurs Hédi Kaddour

Les pouvoirs de la parole, ses dénonciations, ses sous-entendus comme pratique politique, entre crainte et passive soumission, sous le règne de Domitien au premier siècle. Dans cette atmosphère de complot, de légalisme, de rhétorique naît aussi une littérature dont le roman suit les aléas, les créations quasi collectives dans, là encore, l’échange verbale. Roman d’une belle densité, La nuit des orateurs décrit ce qui pourrait être la dernière nuit de Tacite, l’entremise de sa femme pour lui éviter une mise à mort, torture ou exil, mais aussi le passé, les aspirations et autres déceptions de tous les personnages qui se croisent dans cette nuit du Verbe. Hédi Kaddour parvient, notamment par de transparente intrusion du latin, à reconstituer toute une époque, l’étrangeté de sa mentalité et de ses personnages et surtout de l’infinité de mots dont ils se bercent.

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Vies antérieures suivi de Les trois coffrets Gérard Macé

La mémoire comme autant de vies rêvées, de mythes dont l’évocation sert à cerner ce que serait l’écriture, sa capacité à nommer les morts, à nous unir, à inventer des revenances dans une langue somptueuse, onirique — imagée. Prosopopée magnifique où Gérard Macé fait revenir des présences comme autant de mythes à transmettre, à transmuer, pour en maintenir la possibilité de visions, autant d’instants d’une mémoire vivante, rêvés ou vécus cela importe peu dans Vies antérieures. Les trois coffrets, visitation d’une poupée romaine, reprend la même tonalité sur une note plus personnelle : l’explication d’un rêve par un autre rêve. Peut-être est-cela la mémoire, sans doute est-ce ceci la littérature.

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Un fils comme un autre Eduardo Halfon

Souvenirs d’enfance d’une rieuse gravité ; invention légère de soi en lecteur, en écrivain, en père. Lente construction de soi dans l’exil, le retour et surtout dans une délicate mise en fiction, un art certain de la chute pour ses dix-huit nouvelles. Eduardo Halfon y poursuit son émouvante entreprise autobiographique, la mise en mots de souvenirs si invraisemblablement véridiques qu’ils semblent romanesques. Belle réflexion sur la lecture, les choix qui nous constituent, Un fils comme un autre se révèle un joyeux — au-delà de l’angoisse, du poids de l’Histoire et de ses horreurs — exercice de transmission.

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On a tout l’automne Juliana Léveillé-Trudel

Retour à Salluit, dans le Nord Arctique, dans l’approche, patiente et poétique de sa langue, de sa jeunesse, oscillant entre désœuvrement et souffrance, et des propres révélations sur soi ainsi révélées. Évocation discrète d’une société en train de se dissoudre, d’une langue dont il ne reste que des mots éparpillés entre le français et l’anglais, portrait sensible d’une jeunesse qui tente d’y subsister, des souvenirs qui reviennent, des absences ainsi pointées. On a tout l’automne se plonge, dans une langue parfois un rien trop transparente, à mon goût, dans cette tentative de sauvegarder une bribe, de comprendre une communauté en touchant, en traduisant, sa poésie. Juliana Léveillé-Trudel écrit cette lente quête, cette lente distinction du son et du sens, des gestes et autres rituels, de la tenace fragilité de l’existence quotidienne des inuits.

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