Le policier qui rit Maj Sjowall & Per Wahloo

Polar où les déterminants collectifs et sociaux sont sans cesse mise en accusation, pointés dans une enquête où les manquements sont collectifs. Le policier qui rit pose les premiers codes de ce qui deviendra le thriller nordique. Sjowall et Wahloo y parviennent par l’acuité rieuse, sombre mais pleine d’empathie de leur regard.

Les éditions Rivages/Noir ont la bonne idée de rééditer ce qu’ils nomment leur millésime. Façon de faire tourner les fonds mais surtout occasion de redécouvrir les grands classiques d’hier. Je me souviens de mon grand plaisir, il y a quelques années à lire dans l’ordre les dix enquêtes du commissaire Martin Beck. J’ai relu celle-ci avec une profitable délectation. On insiste très souvent sur la portée sociale de ces romans, sur le sous-textes marxistes qu’il n’est pas difficile d’y deviner. Il faut je crois souligner à quel point Sjowall et Wahloo y parviennent sans perdre de vue leur intrigue. Elle évolue dans les temps morts, dans l’hasardeuse lenteur du travail des policiers, dans la dénonciation de leur méthode de travail. Nous n’affrontons aucunement ici le flic traumatisé, les auteurs parviennent seulement à nous en faire sentir incertitude et arrière-fond dépressif. Signe d’une époque comme si la sociale-démocratie à la suédoise n’avait été, au fond, qu’une suite d’incertitude. Noël 1967, la société de consommation craque aux coutures. Les Trente Glorieuses ne le sont pas tant que ça. La contestation est réprimée, les marginaux le sont par faute d’une société qui voit ses illusions s’effondrer. La description d’une manifestation contre la guerre du Vietnam est hilarante, d’une rare justesse. Les seuls flics qui vont y tabasser du manifestants sont ceux assez idiot pour n’avoir pas trouvé d’excuse ou ceux, c’est pire, qui aiment ça.

L’un des aspects les plus réussi de ce polar est la dérision par laquelle intervient sa dénonciation. Le policier qui rit reste un roman vraiment drôle. Même son ultime rebondissement interroge l’incertitude de toute enquête. Les auteurs jouent alors sur le rythme pour le captiver dans cette enquête sur une tuerie dans un bus. L’acuité de leur regard social leur permet, toujours avec une grande efficacité narrative, de renverser les poncifs psychologiques. Un flic se fait tuer, il menait une enquête en solitaire, se mettait d’une curieuse manière à la place de la victime. Attention discrète au désir féminin, à la crainte qu’il inspire aux hommes. Il faut lire ou relire Le policier qui rit.


Un grand merci aux éditions Rivages/Noir pour l’envoi de ce roman

Le policier qui rit (trad : Michel Deutsch et Benjamin Guerrif, 334 pages, 9 euros 20)

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