L’enfant du vent des Féroé Aurélien Gautherie


La vie sur les îles Féroé en ses venteuses pertes : la mort d’une enfant, emporté par la maladie, confié aux flots, les déchirements d’un couple et les objets qui encore témoigne de ce que serait l’âme secrète de ce village, le témoignage du moins qu’un étranger peut en inventer. L’enfant du vent des Féroé est une curieuse idéalisation de la vie des pêcheurs au début du XIXe siècle qui pourtant parvient à transcrire la durée de la perte, l’effritement des souvenirs, l’appel des lointains de ce septentrional archipel. Par son insulaire inscription, par sa doucereuse mélancolie, le premier roman d’Aurélien Gautherie n’est pas privé de charmes.

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Tout le monde quelque chose Corinne Lovera Vitali


Monologues entretissés pour des voix qui répètent leurs enfermements, l’acuité de leur réticence, leur présence soudain dans le ressassement, le refus, le rythme qui les emporte, les dépasse. Flux de pensées, flots de sonorités, résonance de ce qui nous relie, écho de ce qui nous sépare, mirages et souffrances de ce qui nous confond et qui, comme des hannetons ou des abeilles, essaiment les similitudes : les mères et les frères, le vieillissement et surtout la matière même de ce que serait, à nu, de se parler, de trouver quelqu’un pour nous entendre. Corinne Lovera Vitali nous égare dans ce labyrinthe incertain, cet asile de doutes, cette prison de témoignage, ce cabinet de parole où le coq-à-l’âne, pour ne pas dire la libre-association, réfléchit les pouvoirs et impuissances du langage ;Tout le monde quelque chose charme alors par son utilisation même de cette langue sans cesse dans l’enroulement, dans l’outrepassement.

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Les jeux heureux de l’enfance Charlotte Gneuss


Les trahisons, les évasions pour dire l’adieu à l’enfance dans cette Allemagne de l’Est percluse dans la surveillance, le secret et l’oppression. Dans ce roman tendu, Charlotte Gneuss joue, ostensiblement, des silences pour mieux faire, douloureusement, résonner les non-dits et autres omissions de l’adolescence, de toute une époque dont, aujourd’hui, on entend les espoirs trahis, les amours bafouées, les idéologies trahies. Banlieue de Dresde dans les années 1970, Karin est abandonnée par l’homme qu’elle aime, interrogée sur les raisons de cette fuite, sur sa complicité éventuelle, sur ce qu’elle pourrait dénoncer, dans ce climat de mensonge généralisé, Les jeux heureux de l’enfance offre un portrait aveugle de la RDA.

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Une île à l’envers Léa Arhemise


Les trésors qui nous chassent, les magies qui nous perdent ; les avers des îles que l’on s’invente et le revers de celle dans laquelle il faut bien vivre. Dans le flottement, la probable insignifiance aussi, du rêve, Léa Arthemise nous plonge dans les prolongements d’une chasse au trésor du pirate Olivier Levasseur dit la Buse, de l’historien qui en décrypte la proverbiale carte, de Jo qui à la pioche croit le trouver, de ses enfants qui tentent d’en conjurer l’héritage. À l’ombre de l’onirique, de la continuité un rien hasardeuse, Une île à l’envers conte les îlots d’enfance qui subsistent, leurs peurs évanescentes, les magies évanouies et, créoles, les mots qui les cernent.

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La danse sur le volcan Marie Vieux-Chauvet


Haïti 1780, tragique comédie de la colonisation, de l’esclavage et de ses créolisations. Fille d’une esclave affranchie, Minette traverse cette révolutionnaire décennie dans le monde du théâtre, portée par sa belle voix et ses vengeresses volitions de succès, elle reflète les aspirations et contradictions d’une société haïtiennes particulièrement déchirée. Dans la nudité romanesque de la colère, dans la scrupuleuse exposition d’une domination stratifiée, dans les antagonismes amoureux, Marie Vieux-Chauvet dénonce l’évidence des horreurs incorporées quand, dans cette île où une femme de couleur ne peut devenir cantatrice, un soulèvement se produit. À l’écoute des lambis de la révolte dans les mornes, de la violente morgue des colons, des affranchis qui en reproduisent l’esclavage, La danse sur le volcan sonde la soufrière et les gouffres d’un pays sans possible apaisement.

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