Les somnambules Hermann Broch


Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand roman, datant de 1931, Hermann Broch sonde les peurs, les valeurs, les transcendances, d’un moment de bascule (1888-1918) et surtout les mouvements de l’âme, les justifications, les relations et les errances de Pasenov, Bertand, Esch et Huguenau et toutes celles qui les entourent. Les somnambules est éclatant témoignage de cette ultime modernité littéraire qui, dans l’entre-deux guerres, en le faisant forme totale (ici poésie, théâtre et essai), pensait renouvelle ses mythes afin de concourir à cette intelligence du monde dont le premier signe reste la prescience des catastrophes qui s’annoncent. Éclairante lecture pour maintenant.

Lire la suite « Les somnambules Hermann Broch »

Le bruit et la fureur William Faulkner


Le Temps en la fragmentation, les rémanences, de ses maléfices ; le poids de ce dont on hérite dans cette folle famille Compson dans un ensemble que le lecteur doit patiemment remettre dans une continuité d’admirablement saisies sensations. Entre le récit de Benjy, l’idiot de la famille qui pressent tout, Quentin hanté par une attraction coupable et suicidaire et Jason qui croit s’en sortir en reproduisant les pires immondices familiales, Le bruit et la fureur fait plus, selon l’adage shakespearien, de faire entendre le Rien : il écoute les scissions de nos appréhensions du monde, de nos colères et incompréhensions, de la société qui en sous-tend le ressenti. Cette nouvelle traduction de William Faulkner permet, a minima, d’interroger ce qui intime cette permanente distorsion du sens partagée entre une volonté de le voir imploser et la prétendue nécessité d’en offrir une explication cohérente, ici éclairé par un tragique héréditaire, la permanence d’un majuscule mal.

Lire la suite « Le bruit et la fureur William Faulkner »

Les frères Karamazov Fiodor Dostïevski


Exploration polyphonique des abîmes de nos culpabilités, des déchirements de la morale, des hystéries du discours et toujours de cette exaltation sacrificielle, de cette folie mystique, où s’interrogent tant le meurtre des autorités paternelles et divines que la responsabilité que l’on s’invente, que l’on subit. La relecture de cette belle nouvelle traduction de Sophie Benech, dans son écoute des différentes voix et langages, enthousiasme, souligne la tension de la construction dramatique et surtout l’empathie que Fiodor Dostoïevski apporte à chacun des personnages, au dilemme moral dont il est vecteur. Jamais on n’épuisera Les frères Karamazov, chaque relecture déplace la fascination : cette fois ce fut, entre autres, sur le concret des anecdotes où s’incarne la torturante potentialité de la vertu, sa fragile sauvegarde de la beauté.

Lire la suite « Les frères Karamazov Fiodor Dostïevski »

L’idiot Dostoïevski


Reflets de la sainte idiotie par la mise en discussion du salut de la beauté, du temps qu’il reste avant notre mort, de ce qu’il conviendrait d’en faire, d’y trouver de la compassion, d’y échapper à la honte, de sortir, qui sait, de nos folles confessions, de la banale mesquinerie du Mal, de la médiocrité de ses manifestations sociales, de ses marchandages maritaux et de conquérir un incertain, polyphonique, démoniaque peut-être, libre-arbitre. Relire L’idiot confronte à la virtuosité de ses multiples rebondissements, à ses incarnations d’insoutenables dilemmes, à la folie de ses monologues hallucinés, à leur révélateur burlesque et surtout à cette part de ridicule, de compréhension, de toute spéculation métaphysique. En grand romancier, Dostoïevski captive son lecteur par tous les doubles et reflets qu’il offre au prince Muichkine, à la sidération qu’il apporte à toutes les conceptions antagonistes de ses personnages que ce soit Kolia, Hyppolite, Rogojine, Aglaé et, bien sûr, à la libre – jusqu’au démoniaque – Anastassia.

Lire la suite « L’idiot Dostoïevski »