Cindy_16 Louis-Daniel Godin


Le traumatisme des trouées de l’histoire, les non-dits d’une expérience banale et douloureuse quand le narrateur, à dix-sept ans, s’installe avec un homme de vingt ans son aîné qui se révélera, après et avant, un délinquant sexuel. Louis-Daniel Godin revient sur les artifices, manipulations et arrangements, de ce que l’on se raconte, de ce que l’on préserve quand de cet événement ne reste qu’une trace incertaine, un mensonge peu ou prou accepté. Dans un attentif démontage de toute parole, dans une pratique réflexive du mentir-vrai, Cindy_16 ausculte la blessure ouverte de l’ordinaire, la culpabilité de l’aveuglement et ce que l’on peut mettre en mots, en accusation sans se poser en victime, en détenteur d’une unitaire vérité.

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Ce qui luit dans les ténèbres Peter Nádas


Les obscurités de la compréhension dans une description maniaque d’une enfance, dans surtout un démontage d’une folle intransigeance des croyances communistes, de leurs désillusions, de chacun des choix éthiques qui décident de ce que l’on est par les déchirements d’un héritage : celui de deux traditions juives, d’une famille inculquant à tout instant l’exigence d’une intelligence rationnelle avec le monde. Du jour de sa naissance en 1942, correspondant au massacre des juifs hongrois, à l’invasion, en 1956, de Budapest par les chars russes, Ce qui luit dans les ténèbres retrace l’histoire d’un pays dans ses déchirements, d’une famille dans ses deuils et impasses, d’un enfant dans ses désirs et incompréhensions. Dans les 1200 pages de ces « Souvenirs d’un narrateur », Peter Nádas déploie ses digressions, ses précisions d’entomologistes, pour que s’écrire soit une traversée de l’obscurité, une patiente exploration de l’incompréhensible, une passionnante réflexion éthique sur la possibilité de dire la bonté, les illusions qui animèrent sa famille (un libéralisme progressiste et une identité juive en construction) et la Hongrie quand elle passe d’un communisme clandestin à sa répression dictatoriale.

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Luuv Elsa Boyer


D’une poétique amoureuse à l’écoute du retraitement de ce qu’en font les intelligences génératives ; d’une techno-critique qui ainsi entend les permanences du discours amoureux en les refondant, au féminin, dans des sextines inspirées de la poésie des troubadours. Derrière le dispositif, son impersonnelle froideur parfois, Elsa Boyer poursuit son exploration des machines et de leurs désirs, de nos consentements technologiques et de ce que l’on parvient, peut-être pour y échapper, à s’en approprier. Sous son apparence ludique, sous ces marquées empreintes contemporaines, sous son emploi du globish sur les réseaux sévissant, Luuv réinvestit l’amoureuse soumission, ses sidérations et manques, ses prévisibles passages dont la versification parfois surprend l’immuable et l’intangible, la désespérance et comment elle fomente, malgré tout, le désir.

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Pantagruel Rabelais


La paillardise de la connaissance en son excès, l’utopie derrière la farce et surtout une langue dont constamment on entend les emprunts et déplacements, la satire et le sérieux. Cette belle édition de Pantagruel offre la possibilité de se plonger dans le texte original, d’en consulter en vis-à-vis son éclairante, et policée, traduction afin de fuir les aventures ce géant et, avant tout, de Panurge, compagnon de ribaude et autres graveleuses péripéties, à travers les labyrinthes de la soif. Derrière les provocations de son rire, sous son éloge de l’ivresse et de la salée séduction, Rabelais plonge son lecteur dans l’émerveillement d’une liberté en train de se construire, d’un savoir qui ne peut s’élaborer, physiquement, qu’en se moquant de lui-même, que dans l’acide critique des infernaux diktats (indulgences sociales dominations) de son époque.

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