L’art d’écrire Pline le jeune

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Un petit livre singulier que cet art d’écrire. Dans ce recueil arbitraire de lettres, Pline déploie son sens de la rhétorique et théorise avec finesse et frappante concision une pratique littéraire lumineuse et exigeante.

Avouons qu’il est assez difficile de rendre compte de ce très court livre. Mes humanités, comme on dit, sont assez lointaines et furent plutôt désinvoltes. Emplies surtout d’un désir de modernité, de transgression, de novation, d’intimes compréhensions, dont la lecture de classiques antiques m’a toujours semblé, assez stupidement je n’en disconviens pas, dépourvues. J’aborde donc ce livre sans la moindre connaissance de l’œuvre, de l’auteur ou de son contexte. Pour le dire simplement, pas certain de faire d’emblée la différence entre le jeune et l’ancien.

Passons, il me semble que ce livre soit conçu justement pour être appréhendé avec une telle ignorance. Bien sûr, il est vite frustrant de ne pas disposer de l’intégralité des lettres, de se demander quelle opportunité éditorialiste dicte véritablement cette collection autour du thème assez lâche de l’écriture.  Il faut se laisser porter, la collection reste faite pour ceci, un bref aperçu, des citations chics avec lesquelles se colleter :

Un discours pénètre  dans l’esprit comme un glaive dans un corps : frapper ne suffit pas, il faut aussi appuyer.

Insistons donc.Sebald La conception de l’écriture de Pline le jeune me semble admirable. Un peu trop ou presque. Elle apparaît dans cette sagesse antique presque désincarnée. Conseils plein de bon sens, ironie aisée dans l’art de se vanter pour flatter son interlocuteur, croyance acharnée dans un désir de postérité. Une forme de grandeur accordée à l’écriture qui paraît un apport indispensable pour ces temps que je serais bien en peine de qualifier.

Il n’y a pas de plus sévère correcteur que la peur, oui, la peur !

Pline le jeune dépeint une pratique littéraire collective. Lecture de manuscrits des amis, sévères critiques dans l’espoir d’obtenir un renvoi d’ascenseur. Mais aussi de nombreuses questions pratiques sur l’éloquence, la façon de lire un texte et de le défendre publiquement. Tout ceci dans un style limpide et lapidaire. J’en avais déjà parlé à propos de Sebald, j’aime l’hypothèse d’une survie posthume qui tiennent à des œuvres dont il ne nous reste plus que le commentaire, dont la grandeur au fond reste fantasmée.

Il convient de parler de cette hypothèse de lecture qui m’a frappé. Le grand souci de la lecture d’une correspondance est toujours l’identification des correspondants, l’analyse des enjeux d’une missive très souvent intéressé. L’auteur dans sa tour d’ivoire veille sur ses publications et la réception de son œuvre. Pline le jeu s’y révèle un maître. Mais, à distance, on ne sait plus rien de ses correspondants au point que ces lettres peuvent sembler factices, sans autre destinataire qu’une publication.

Les questions de métiers me semblent toujours une théorisation par défaut. La poétique étant la définition même de ce que selon nous devrait être la poésie, ce à quoi elle ne parvient pas quand on la pratique. Pline parle souvent de ses propres essais poétiques, il ne nous est resté aucun accueil particulièrement favorable de ses vers.

L’art antique nous est particulièrement éloigné. J’ai toujours trouvé que le prétendre encore moderne était un abus de langage. Il nous contraint au décentrement. Nous ne cultivons plus cet art de la persuasion. Il est passé vers d’autre langage. Pour conclure cette note où je peine donc à me situer, Pline propose une solution à mon oscillation entre l’attirance pour l’enflure stylistique, l’abondance (pour ne prendre qu’un seul exemple Jésuralem) et la sécheresse. La métaphore du flocon de neige lui semble rendre la possibilité d’allier les deux, « celle qui allie la richesse et la fluidité. »


Merci infiniment aux Édition Rivage pour cet envoi. S’il vous reste d’autres livres en attente de critique sur vos étagères, je suis preneur.

 

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4 commentaires sur « L’art d’écrire Pline le jeune »

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