Le conte de la caravane perdue Franck Renevier

Conte philosophique rieur, utopiste, où s’invente une Algérie ouverte, à l’écoute d’un passé plurielle et surtout d’une identité qui tiendrait aux fantaisies de la narration, au pouvoir de la parole. Dans une joyeuse irréalité, comme une perpétuelle relecture du passé, Le conte de la caravane perdue est un récit enchanteur, une belle réflexion politique. Franck Renevier signe un roman allégorique, un livre d’espérance.

Avouons pour commencer, sans doute par une relative ignorance du contexte, avoir tout au long de la lecture éprouvé l’appréhension de me trouver face à un récit qui pratique l’appropriation culturelle. Pour être un rien définitif, je trouve particulièrement pertinente la question de savoir si ce n’est pas au peuple algérien de s’emparer de sa propre Histoire, de le faire surtout dans sa propre langue. Pour Le conte de la caravane perdue, la critique est passablement infondée. Certes, j’aurais aimé que la langue arabe soit plus présence, irrigue et irradie la substance même du récit, devienne même, qui sait, la matière même de cet indispensable métissage inventé par Franck Renevier. Le seul mot en arabe sera le dernier, le plus définitif : mektoub. Une sorte de paradoxe qui nous fait entrer de plain-pied dans le sujet essentiel du Conte de la Caravane perdue : la langue et ses possibilités d’altération de la mémoire, donc d’opposition à toutes ses récupérations politiques. Mohamed Felix Okba Bourrichi est à la fois archiviste et conteur. Mémoire et fiction serait le même métier, enfin. Le roman fera la part belle au discours de Mohamed, fera donc aussi hélas des références indirectes à sa langue et sa culture du détour préparatoire. Quand, dans ce roman très oratoire, il laisse la parole à son personnage, Franck Renevier érige en art la manière de parler d’autre chose, de dénoncer par de flottantes métaphores, de captiver surtout son public.

Pourquoi s’en prendre à la liberté d’expression , qui n’est qu’un épiphénomène, en se mettant tout le monde à dos, alors qu’on peut s’attaquer à la racine du mal, la pensée elle-même, sans que personne ne s’en offusque ? Pourquoi mettre les consciences sous le boisseau quand on peut, sous un mode léger et distrayant, passer mettre de leur fors intérieur ?

Avouons aussi que Le conte de la caravane perdue est un joli roman d’idée, un genre que je pratique peu. Il fonctionne pourtant par la fantaisie de sa prose. Une appropriation de ses propres origines qui, on le sent, touche très fort l’auteur. J’aime beaucoup cette idée : la littérature se serait s’inventer d’autres origines. Tout part d’une ville perdue dont les origines seraient d’une belle complexité multiculturelle. Nous descendons tous de nomades. À distance, Franck Renevier interroge la prétendue pureté ethnique et religieuse de ce pays en partie restituée dans la distanciation de la fiction. Il signe d’ailleurs un très très bon passage sur un hôpital psychiatrique où la folie servirait d’identité de refuge. Que ce soit dans If de Marie Cosnay ou dans Dos au soleil de Frédérique Germanaud, la fiction actuelle me paraît interroger l’identité pieds-noirs. Le conte de la caravane perdue le fait à travers une très imaginative fiction politique : et si on encourageait le retour des colons en Algérie ? et si on effaçait ainsi les frontières ? Mektoub.


Un grand merci aux éditions Maurice Nadeau pour l’envoi de ce roman.

Le conte de la caravane perdue (250 pages, 18 euros)

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