Le manège des oubliés Jacques Josse

Des vies saisies au seuil de la disparition, dans leur défi et banalité, dans la beauté d’un oubli un instant repoussé. 27 courts récits, autant d’existences, de ressemblance d’apparence pour mieux souligner la profonde dissemblance de nos vies derrière leurs communes souffrances. Avec Le manège des oubliés, Jacques Josse recueille humble, avec la délicatesse de l’empathie, la vie. Et la mer, le bistro, jamais loin.

Commençons à parler de ce recueil, où l’humble attention dessine un singulier rapport au monde, par un trait anecdotique : un récit sur Belle-île suffit souvent à emporter mon adhésion. (Première et dernière fois que je mentionne l’orthographe : un seul T à Port-Coton.) Reprenons, tentons de faire aussi simple, évident, que Jacques Josse. Avouons alors être toujours un rien réticent quand la littérature prétend s’emparer des prétendus invisibles. La crainte de la condescendance, misérabilisme et tropisme sociologique du dominé faute de discours. On peut facilement y sentir un auteur extérieur, sensible seulement au pittoresque et qui alors décrit des existences primaires, veules. On pense ici à Presqu’île de Yan Lespoux. Le projet du Manège des oubliés est autre. Peut-être, dans une formule un rien prétentieuse, de dire la singularité dans l’unicité. La citation de Beckett mise en exergue insiste sur ce point. Fort heureusement pour Jacques Josse les oubliés ne sont pas uniquement les exclus du spectre social, ceux de la France périphérique, de la province.

Le manège des oubliés laisse plutôt tournoyer des fantômes, ces revenants que la parole un instant, souvent au bistro, maintient en vie. Des courts récits : la vie et ses luttes. Les présences qu’elle s’invente ou répudie. Avec une grande simplicité, l’auteur dévoile aussi un arrière-fond littéraire. Une apparition de corbeau quand une voix à la radio annonce la mort de Jim Harrison. Un type, au bistro, qui invente sa proximité avec les grands poètes du mythique Greenwich village. Exercice de fraternité pour nos fantômes. La mort d’un grand poète, figure locale ridicule et touchante. Un gamin malade erre dans les contrées qu’il croit lire. Mais, cette présence littéraire jamais n’est contre-poids. Sans doute par le dénuement de sa langue, Jacques Josse parvient à nous faire entendre ce que l’on se surprendrait à entendre comme une communauté de destin. Une sorte de distance, de pudeur, ce peu d’attention que l’on parvient à prodiguer à ceux qui sont déjà partis. Souvent peu datés, dans cette éternité du bistro, les récits suscitent l’empathie, le fond de nature, la mer ou les oiseaux, qui survivent à la mort qui marque ces nouvelles. Des petits textes, précieux et simples, en apparence.


Merci à Quidam éditeur pour ce manège

Le manège des oubliés (124 pages, 14 euros)

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