Mexicayotl Michael Collado

Comédie baroque, pastiche plutôt drôle, réflexion sur les chimères et autres miroirs du langage que cette aventure, onirique, dans un Mexique de carton-pâte, pour cette réécriture du Don Quichotte dans sa version cow-boy. Rocambolesques aventures d’un chanteur à la retraite, pour ne pas dire en deuil de son double, où l’on assiste, hilare, à un enlèvement, des combats contre de contemporains moulins à vents pour parvenir à une autre écriture, dont la nécessité pose quand même question, de l’Histoire, et sa cosmogonie, mexicaine. Mexicayotl se révèle un premier roman véritablement drôle, enlevé. Michael Collado y trouve, souvent, un style qui parvient à restituer l’angoissant effacement de soi du rêve.

On aime beaucoup les éditions Do. Au point d’être fâché quand on se trouve un peu moins séduit par une de leurs publications. Sans d’ailleurs de véritables explications, notons que cette belle maison d’édition se met doucement à publier des textes francophones. Sans doute n’est-ce d’ailleurs que notre faute, un vieux réflexe dont je ne parviens à me défaire : que se cache-t-il derrière la drôlerie, la satire n’est pas un conformisme, une acceptation mal masquée ? Ou plus que sous n’importe quelle forme : qu’est-ce que l’auteur veut dire ? La drôlerie repose souvent sur des stéréotypes. Au tout début de la lecture de Mexicayotl, il faut bien avouer que je les trouvés un rien embarrassants. Souvenir, on peut approcher ainsi ce roman, de ce que rappelait Alice Zeniter : on peut trouver ce premier roman très masculin par le fait qu’il y transparaissent moins de deux personnages féminins dotés d’un nom, d’un caractère propre. Peut-être est-ce une singulière manière de lire. Cependant, dans la première partie du livre, il faut bien dire que ces aventures masculines ne m’ont semblé pas totalement faire l’économie de ce que l’on pourrait presque extrapoler comme une once d’homophobie. Expliquons-nous plus clairement : Michael Collado reprend les mythes de l’Ouest avec une certaine moquerie, une jolie distanciation ironique. Ce faisant, il ne fait pas l’économie de termes disons datés pour ne pas dire douteux. Le soucis, ou disons la gêne, ne tient pas seulement au fait d’employer des termes obsolètes, proustiens soyons compatissant, comme invertis. L’embarras est que cela me paraît reconduire une interrogation sur la virilité, sur la place que Mexicayotl lui accorde ainsi dans nos imaginaires. Un détail peut-être. Exhibons-le comme ce soupçon de mauvaise foi qui forme la critique. Sa capacité parfois prise en défaut de pénétrer dans un univers romanesque. Comme parfois, et là je me suis senti devenu un vieux con, j’ai été arrêter par l’invention de verbe du premier groupe, de mots que j’ai trouvé disgracieux et qui participent pourtant de cette distanciation avec le personnage, avec sa manière un peu frêle, radine, d’envisager le monde.

Au jugé, continuons dans le ressenti. Ce qui se tente ici est de savoir d’où l’on parle, d’en exhiber les conditions de production. Indéniablement, hélas pour l’auteur, ma légère réticence initiale face à Mexicayotl vient de l’avoir lu juste après Terra Nostra de Carlos Fuentes. Partons de cette nôtre défaillance pour nous extraire des figures obligés du langage. Il ne saurait s’agir d’affirmer que le roman de Michael Collado ne souffre pas la comparaison. Dans une proximité étonnante, il tente autre chose. On peut, pour continuer sur une note inutilement dubitative, pourquoi un français s’arroge le droit d’écrire l’Histoire du Mexique. Ou, plus exactement, en quoi la réminiscence d’un récit baroque, sa remise en cause d’un strict — classique — ordonnancement du monde apporte des éléments décisif sur notre époque. Le baroque, c’est miroir, sa réalité confondue avec le rêve, ses excès. Mexicayotl ne fait qu’en jouer. Un motif pour nous amuser, pour donner un peu de cohérence à ce récit de l’invraisemblable. Des motifs qui ne fonctionnent sans doute pas entièrement, des trompe-l’œil, des interprétations trop faciles. Sans trop en dire sur la structure du roman, l’auteur s’amuse ainsi, je crois, des interprétations trop facile du rêve. On y croise des doublures, des alter-ego, on peut choisir d’y lire l’expression d’une culpabilité soigneusement enfouie. Arthur Loiseau vient de perdre son frère jumeau, ses rêves et autres aventures expriment alors les différentes volutes de cette perte. Le voilà enlevé pour être sacrifié, pour qu’une artiste puisse exprimer l’indépendance de l’art mexicain. Il croise un double suicidaire qui se sacrifiera pour qu’il puisse échapper de cet antre de l’Ogre. Peut-être, comme dans un rêve, ne peut-on pas en déduire de grands développements, sans doute faut-il seulement se laisser porter par l’image suivante. Il faut alors le souligner, si Mexicayotl est, malgré tout, aussi drôle, c’est par sa gestion du rythme.

Nous voilà ensuite emporter dans les folles aventures (ou plutôt dans les mises en récits) de Sœur Justice. Ainsi appelé, car il trouve qu’elle n’a pas rien de fraternel, cette justice. Alors, certes, on aurait aimé une interrogation sur sa possibilité de sororité, voire une interrogation proprement politique de cette inversion des clichés qui est opérée, par exemple, dans Les aventures de China Iron de Gabriela Cabezon Camara. Ne boudons pourtant pas notre plaisir : ce sera drôle et enlevé, portera une très fine, volatile, interrogation sur nos capacités d’illusion, sur le partage qui fait signe vers sa réalité. Sans être totalement parvenu à m’interroger sur la nécessité (tant personnelle que collective) de réinvestir le mythe du cow-boy, du justicier solitaire, il faut admettre que les jeux de références, de citations détournées, marchent bien. Michael Collado fait alors preuve d’un grand sens de la démesure, comme pour le dénouement de son incarnation, autre doublure, en Sancho Pancha, dans l’interruption de Sœur Justice dans une scène de cirque. Foutraque à souhait. Avant de s’inventer d’autres doublures, avant de parvenir à dire sa propre histoire, à en accepter les dissimulations dans un invraisemblable voyage en ballon, dans une nouvelle mise en récit puisque le narrateur, devenu muet, se met à écrire, invente une confession. L’auteur sans doute s’amuse des mensonges du roman dans le roman. Dirons-nous que le dénouement paraîtrait un rien attendu s’il ne se dédoublait pas, une ultime fois, du récit de l’invention théâtrale du Mexique. Un autre fragment de rêve dont l’interprétation délicieusement échappe ?


Un grand merci aux éditions Do pour l’envoi de ce roman.

Mexicayotl (255 pages, 21 euros)

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