La ville aux deux lumières, Géographie imaginaire Pierre Cassou-Noguès


Lumineuse phénoménologie, fantastique spéculation sur nos perceptions de l’intérieur et de l’extérieur, très riche réflexion philosophique par allégorie, récit et idemages : des images où, oniriques, s’inventent des imaginaires manières d’appréhender notre monde. Par les sidérantes illustrations de Gwenola Wagon, par leur rêveur décollement, par la manière dont la prose de Pierre Cassou-Noguès suscite d’interrogatifs flottements, d’intimes et ontologiques spéculations, La ville aux deux lumières captive par ses méditations sur la lumière, sur l’irréalité, la coexistence de l’intérieur et de l’extérieur, la valeur du langage et les façons dont il véhicule une géographie imaginaire qui nous outrepasse.

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Les somnambules Hermann Broch


Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand roman, datant de 1931, Hermann Broch sonde les peurs, les valeurs, les transcendances, d’un moment de bascule (1888-1918) et surtout les mouvements de l’âme, les justifications, les relations et les errances de Pasenov, Bertand, Esch et Huguenau et toutes celles qui les entourent. Les somnambules est éclatant témoignage de cette ultime modernité littéraire qui, dans l’entre-deux guerres, en le faisant forme totale (ici poésie, théâtre et essai), pensait renouvelle ses mythes afin de concourir à cette intelligence du monde dont le premier signe reste la prescience des catastrophes qui s’annoncent. Éclairante lecture pour maintenant.

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À quelques nuages près précédé d’Inauguration de l’ennui Guillaume Siaudeau


Une poétique de péripéties, des poèmes tout de sémantiques retournements de situations où flotte cette grave légèreté d’une amusée mélancolie. Brefs fragments où le sens se renverse, où par pirouette la tristesse s’échappe, autant de petits poèmes d’une observation amusée de notre ordinaire déraison. Dans une posture d’ironique moraliste, Guillaume Siaudeau fait parader la vanité du monde, les bribes d’une éclaircie, les sourires de la pluie, les instants où quelque chose passe, se préserve . Cette Inauguration de l’ennui collecte des chutes, des moments rattrapés par un décalage langagier où, légère, se laisse, sans contestation, entendre l’ironique absurdité de notre monde.

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La fabrique du merveilleux Nétomon Noël Ndjékéry


Un joli conte sur le pouvoir et les manières imaginaires d’y résister. Avec une vraie gourmandise narrative, un communicatif plaisir de raconter, de tisser, telle une araignée, le passé de ses personnages — sa magie, ses méchancetés, ses enchantements — Nétonon Noël Ndjékéry, interroge la persistance des récits, la fragilité de leurs refuges et l’insuffisance du merveilleux sylvestre et onirique dans lequel nous plonge, pourtant, La fabrique du merveilleux. Dans un lieu inventé, archétypal, les mythes déploient leur fantaisie, la porosité entre le monde que l’on habite et celui que l’on habite, nous invitent à réfléchir à comment préserver un équilibre pour humainement conjurer la présence du mal.

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Works Vitaliano Trevisan


Une vie à travers les hasards professionnels, les réticences à se fondre dans ce modèle salarial – ses ambitions et places – qui façonne l’Italie. Désinvolte et inquiet, provocateur et ironique, désespéré et fantastiquement lucide, le narrateur promène son regard acéré sur la matérialité des différents emplois dont il contemple l’inanité, la douloureuse dérision de n’y pouvoir s’y sentir justifié. Avec un vrai phrasé, dans de belles provocations aussi, Vitaliano Trevisan interroge le travail, ce qu’il fait sur nos existences, nos géographies, nos aliénés perception du monde. Plus qu’une autobiographie en travailleur, plus qu’un portrait d’un pays soumis à la déprédation néo-libérale, plus que l’invention d’un écrivain, plus que la contestation de son propos en adjonction et notes de bas de page, Works est une inquiète tentative de comprendre le malaise contemporain en regard de l’injonction à gagner sa vie plutôt qu’à pleinement la vivre, l’écrire.

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