HolyHood vol 1 Guadalupe, California Alessandro Mercuri

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Archéologie de l’artifice, enquête sur un décor pharaonique enfoui sur une plage, sur l’enlèvement extra-terrestre mais surtout invention, en digressions et notes de bas de page, de la rétroaction du langage, de sa capacité à amalgamer réalité et fiction. Alessandro Mercuri déploie sa folle érudition comme autant de détours farfelus d’une vérité complexe. Holy hood, moins miroir de la cité des rêves que reflets de leurs confusions, devient la création d’un endroit où le langage s’incarnerait, retrouverait son sacré dans un acte de piraterie de ses images et autres coïncidences.

Avouons tout d’abord tout ignorer de l’œuvre d’Alessandro Mercuri. Sans doute faudrait-il se pencher sur son travail sur l’image, les films qu’il a réalisés, pour mieux entendre à quel point l’obsession cinématographique alimente son travail où l’essai semble toujours une projection. Dans notre méconnaissance, on pourrait seulement dire que cette déambulation sur les plages d’Hollywood rappelle vaguement celle de Sebald par leur adjonction de photo. Des illustrations, des photogrammes, qui veulent attester de la réalité de cette vérité mouvante poursuivi par ce Je mélancolique, image déguisé de l’auteur sans doute. Chez Mercuri, pourtant, le statut de l’image reste moins flottant que chez Sebald. Holyhood parodie davantage l’essai universitaire que l’exercice autobiographique. L’auteur renvoie chaque illustration à un instant précis du texte. Le très beau travail éditorial d’Art & Fiction place alors l’image en vis-à-vis. Pour ainsi dire, pour entrer dans le sujet, dans un trop tard qui vient corriger la vanité de cette passion de la vérité.

Mais tout cela est une fiction, un artifice poétique, un effet rétroactif, une action en retour de la fiction elle-même.

Le plus passionnant de cet essai (dans son sens montaignien de tentative et d’autoportrait en anamorphose) tient alors à sa divagation dans l’étymologie. Une part de moi ne peut s’empêcher de la penser un arrangement avec la réalité attester, n’aime pas trop en vérifier les intuitions. On pourrait alors avancer ceci : autant que d’une image (le décor de la première adaptation par Cecil B De Mille des Dix commandements), ce livre en permanence curieux est parti d’un mot. Un terme qui n’existe pas en français autant donc qu’un film de l’ombre. Praeposterus : ou comment faire les choses à l’envers, comment un mot parviendrait à modifier, rétroactivement, la réalité. Toute la beauté de ce dispositif tient à la possibilité, pas si infime tant le savoir est virevoltant dans ce texte dont le jeu de note apporte une correction simultanée et qui rappelle Jeu nouveau de Raphaël Meltz, que j’ai mal compris. Comme le disait Barthes, cité par Mercuri, « Mieux valent les leurres de la subjectivité que les impostures de l’objectivité. » HolyHood déplie alors le sens pour causer comme Deleuze, fait un détour, en toute logique du sens, vers Lewis Caroll et ses mots-valises. Le vocabulaire une fois disséqué, séparé, revenu aussi à son sens prétendument premier, deviendrait une révélation, un ravissement. Un résistentialisme ou un truisme : l’un étant une parodie de l’existentialisme ou seuls les objets résistent au néant et l’autre étant, je l’apprends, une passion du vrai (true -isme). Bobby Lapointe nous apprend autant qu’un philosophe médiéval. Au fond, toute la vérité sacrée dans ce lieu devenu sacré (toujours par une erreur de traduction qui gommerait l’aspect pirate de la révélation : en français on parle de Robin des bois quand il faudrait parler d’un Robin encapuchonné) puisque Hollywood et sa fabrique de l’image devienne le lieu de l’apparition de la parole divine sur terre.

Entre l’inexistant de la fiction et le néant entre les astres, qui faut-il croire ? L’abductée est une Muse guidant la Folie sur les chemins pavés d’étoiles menant à, en direction de… plein cap sur la panspermie.

Cette quête rétroactive du langage se déploie alors dans une tradition, disons, kabbaliste. L’auteur dédicace d’ailleurs son livre à ses aïeux rabbins. Le langage comme vérité cryptée de l’incarnation de Dieu. Alessandro Mercuri l’envisage avec une certaine ironie. Toute la question serait de savoir quelle voix donner à Dieu dans un film. L’acteur voix demeurera anonyme. L’érudition bute sur l’inconnu, le mystère demeure, il en reste des images, des projections, des interprétations. La beauté réside indéniablement ici, dans tout ce que les notes de bas de pages entrecroisent sans pouvoir tout à fait cerner. Une question, toujours, de point d’approche. Dans le désert de Californie, dont le roman retrace avec génie l’invention sémantique, un cratère témoigne d’un éventuel passage d’extra-terrestres. Au fond de ce trou, plus rien à voir. Persiste pourtant la possibilité d’une apparition stellaire dont seule une mystique du langage parviendrait à imparfaitement restituer. On attend avec impatience la suite, le deuxième volume qui s’intéressera à la partie mexicaine de la Californie, de ce mélange d’érudition, d’humour et de poursuite d’un au-delà, d’un dépassement du langage.



Merci à l’auteur pour l’envoi de ce roman.

Holy Hood, vol 1 Guadalupe, California (206 pages, 12 euros)

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