Les ombres de la toile Chris Brookmyre

Manipulations à tous les étages, intrusions et hacking pour ce thriller empli d’identités empruntées. Le retour de Jack Parlabane se fait à un rythme trépidant par une plongée fort convaincante dans l’univers du piratage informatique. Accompagné du joli personnage de Sam Morpeth, le journaliste se trouve victime d’un complot dont les ramifications s’avèrent un puissant ressort narratif dont Chris Brookmyre joue avec habilité. Un vrai plaisir que cette lecture.

Quand vous arrivez sur internet, se murmurait-il selon ce roman chez les Anonymous, vous venez toujours au lendemain d’un âge d’or. Une des parties pour moi les plus attractives des Ombres de la toile est sa façon d’envisager la mémoire d’internet. Des magouilles et du bidouillage, un art de l’appropriation et de l’anonymat, un refuge aussi pour tous ceux pour qui la vie dite réelle reste une abomination sociale. Même si c’est loin d’être son objet principal, sans doute parce que la tension dramatique constante évite à Chris Brookmyre pause et commentaire, le roman souligne la reproduction de ce genre de comportement. Et si le monde se formait sur les asociaux ? L’idée n’est pas nouvelle mais le monde informatique retravaille cette récupération des génies autistiques, des inventeurs victimes de toutes les récupérations. Les ombres de la toile joue alors de ces faux-semblants, de cette image de la création née dans une cave. L’imaginaire scientifique de toute une époque. Ce roman ne se demande pas, comme Joachim Sené, s’il faut détruire internet mais surtout s’il faut continuer à le hacker, à en inventer la sécurité par le défi de trouver des failles. Sam et Jack Parlabane partage ce goût de l’intrusion, ce défi posé par tout ce qui est fermé. Très renseigné, le roman nous rappelle que les failles de sécurité viennent surtout de l’utilisateur, que le plus sûr moyen d’obtenir un code d’accès et de le demander, sous des prétextes fallacieux et des déguisements qui font le sel de cette intrigue. Une ode à l’inventivité, un seul exemple : il nous est tous arrivé de recevoir des spams dans une orthographe très aléatoire. Le roman nous apprend qu’il s’agit d’un filtre : si vous avez l’éducation – ou la prétention de classe qui en tient lieu – pour les remarquer alors vous n’êtes pas le public cible.

Sombre avec moi, la première enquête de Jack Parlabane s’emparait déjà d’internet pour en faire l’arène de ses manipulations psychologiques passablement étouffantes. Dans Les ombres de la toile, Chris Brookmyre parie plutôt sur l’action. Des scènes bien maîtrisées à l’intérieur d’une tour, à plusieurs point de vue, parviennent à happer le lecteur dans l’artifice de la tension. Je me suis laissé prendre à ce thriller efficace sans doute pas aussi désincarné, placé dans un décor aussi indifférent que Sombre avec moi. La rapidité reste le maître mot. Aperçus sociaux pourtant bien rendus : important de dire la panique de demander une aide-sociale, de comprendre la hargne quand elle n’est pas accordée. Comme dans son précédent roman, notons que Chris Brookmyre excelle à masquer les dissimulations de son personnage, à rendre crédible les retournements de situations si nombreux. Dans les galères de Sam, entre sa sœur trisomique et un malade qui la pourchasse après avoir appris sa très belle intrusion afin de dénoncer les profits d’une banque, Chris Brookmyre parvient à donner à sentir Londres. Enfiler votre white hate et laissez-vous prendre à l’efficacité de ce roman.


Merci aux éditions Métaillié pour l’envoi de ce roman.

Les ombres de la toile (trad : David Fauquemberg, 533 pages,22 euros 5)

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