Poète né Christophe Esnault

La poésie en sa prétention, portrait du poète en pauvre type, satire acide de sa figuration sur les réseaux. Au seuil de l’outrance, Christophe Esnault y surajoute une autre voix, une autre vision du poète dans l’effacement. Poète né interroge alors où, derrière l’humour, l’auteur à lui-même se révèle.

Un certain malaise à parler de ce recueil qui se joue de l’imposture poétique, qui en moque les postures les plus ostentatoires, qui finit surtout par interroger sur ce que cherche à figer l’auteur. De qui se moque-t-on si ce n’est, in fine, de soi-même, l’humour n’est-il pas détestable quand il se fait hautain, surplombe son objet pour ne rien sortir de soi ? La satire, pour toucher, me semble, devoir se faire autoportrait, tout en anamorphose. Tout ceci est bien vain, surnuméraire ou superfétatoire pour emprunter la sémantique du poète. Reprenons. Christophe Esnault feint une plongée dans les méandres non tant de la poésie contemporaine que dans la fabrique de l’égo de ceux qui se disent l’écrire. « Le Poète a une utilité d’envergure : celle de s’aider à se croire poète. » Je connais fort mal ce milieu, suis assez peu intéressé mais pense tout de même que quelque chose y est en train de remuer. Dans la confusion, la maladresse peut-être, l’exaltation sans doute. Qui suis-je pour dauber ? On pourrait quand même signaler le pastiche plutôt fin de cette écriture internet qui joue de la rature pour affirmer son propos incertain.

Le poète veut la gloire, ne lit surtout pas les livres des autres, s’exprime sans se relire avec des mots simples pour parler, entre deux tranches de jambons ou dans des féminins dessous, au plus grand nombre. Mais Christophe Esnault s’amuse de la reconnaissance de lui-même, du monomaniaque narcissisme, à l’ombre de la paranoïa, qu’il faut pour publier. On pense ici à Poéticide d’Hans Limon. La poésie se planquerait-elle dans ce qui la flingue, dans cette tendresse assassine ? Allez savoir. L’auteur en fait un jeu compliqué, non exempt de complaisance. Et pourtant, ou peut-être grâce à cet excès, Poète Né parvient à faire « tinter la cloche de disparition », à « glisser sur la texture de l’immobilité. » Le rire bien sûr, dans toute son ambivalence. Christophe Esnault place en miroir, et en italique, de cette caricature du poète sur réseau celui – sans aucun doute à mes yeux préférables – qui « érigera un Non merci au jeu des convenances. » Gracq, Blanchot et Michaux ont sans doute fait naître de douteux épigones. Sans doute peut-on en rire mais il reste une voix, un éclat, « une erreur » aussi dont au-delà de l’oubli de l’écrit, Christophe Esnault tente de garder intact, encore vivants, comme le souvenir de nos amours. Pointer la vanité de la poésie, fort bien mais ne pas renoncer, tout à fait, à ce qui revient.


Merci au Poète pour l’envoi de son recueil !

Poète né (80 pages, 14 euros)

Un commentaire sur « Poète né Christophe Esnault »

  1. Franchement je m’interroge sur ces généralités ! Parfois la poésie se fait chair, cri, alors je vois bien ce qui est mis en jeu ici, l’ironie, mais la poésie est comme toute création; on pourrait écrire la même chose du peintre, etc. il y a des poèmes qui sont vivaces, qui hantent nos corps et nos mémoires, qui sont devenus notre substantifique moelle. C’est ici que le lecteur, lectrice a toute sa place, qu’importe l’intention, au fond, de celui qui écrit.

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