La dernière affaire de Johnny Bourbon Carlos Salem

La tendresse sous l’humour, la perte sous les provocations, l’émotion derrière cette enquête d’une rapidité et d’une briéveté admirable. Carlos Salem est à son meilleur dans ce roman parodique et plein de références, d’humanité surtout. La dernière affaire de Johnny Bourbon ou la beauté des âmes cabossées, du polar drôlement redresseur de torts.

S’il ne fallait adresser qu’un reproche à Carlos Salem, c’est de ne pas nous donner plus souvent de ses nouvelles, de ne pas nous captiver plus régulièrement par sa maîtrise du hard boiled détective dans sa radicalité sociale et stylistique. On pense ici à Dashiell Hammet et sa volonté d’écrire un polar avec le moins de mots possibles. La dernière affaire de Johnny Bourbon touche à cette improbable économie verbale. Il reprend ici les personnages de Je reste roi d’Espagne puisque le roman est sous-titré Je reste roi (émérite) d’Espagne. Du temps à passer, dans cette économie de moyen (si bien rendu par la jolie traduction de Judith Vernant) le lecteur se perd un peu parfois dans les personnages récurrents de l’univers de Salem. Dans quel livre, me suis-je demandé, apparaît Poe, ce si drôlatique personnage, moitié poète moitié connard, qui sait à tout homme un bistro où on te regrettera pendant quinze jours si tu disparais. Mais, comme dans tout roman, le temps qui passe le temps qui passe, les prisons de sa nostalgie, les camisoles de sa culpabilité sont le sujet primordial. La vie et ses rengaines, on en sort pas : c’est beau, c’est con nous disait déjà Salem dans Attends-moi au ciel.

Avec bien sûr la recherche d’un petit chat qui conduira à des meurtres et une intrigue plus suivie que celle de l’enquête d’Arregui sur l’homme le plus détesté d’Espagne. Non, il ne s’agit pas de l’ex-roi d’Espagne qui, dans la réalité, a quitté le pouvoir avec quelques casseroles. En tout cas, Juan Carlos, Johnny Bourbon (moins pour la famille que pour l’alcool) devient un extravagant assistant parfaitement crédible dans cette enquête rocambolesque, souvent drôle et émouvante. Le soutien des amis, la voix de sa femme disparue, un père qui s’en va en rappelant la nécessité de faire les voyages dont a rêvé. Vivre, entre castagne et provocation. Ne pas renoncer non plus au fait que le vrai coupable n’est jamais la punk à chien améliorer, le Dahlia Rouge en hommage à Ellroy, mais le système et sa corruption. L’humour de Carlos Salem devient alors un pas de côté, la provocation d’une perpétuelle insoumission. Pour la rédemption, adopter une fourmi, c’est déjà un début. Et pour le lecteur, rire sans naïveté ni bêtise, c’est déjà énorme.


Un grand merci aux éditions Actes Sud pour l’envoi de ce roman.

La dernière affaire de Johnny Bourbon, Je reste roi (émérite) d’Espagne (trad : Judith Vernant, 222 pages, 22 euros)

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