Après l’étérnité Étienne Verhasselt

Récits de brèves proses, rieuses fantaisies sur l’instant d’après, les éclats de notre grand désordre – les subsistances de nos postcombustions – morts et ruptures pour dire l’amusante absurdité de notre monde. Douceur et décalage, mélancolique distanciation ; ironie sur l’ordinaire non-sens de nos vies banals et effacées. Après l’éternité : un flottement, une délicatesse ouatée, la contemplation parfois aussi de toute la vanité, des vies qui s’en vont, comme ça. Étienne Verhasselt raconte la fin de nos mondes avec une belle légèreté.

On retrouve Étienne Verhasselt avec une certaine pudeur. À moins que ce ne soit, pour moi, qu’un autre matin où je me demande à quoi bon tout ceci. Peut-être d’ailleurs est-cette interrogation que veut transmettre Après l’éternité : comment compose-t-on avec l’absurdité fondamentale du monde, comment continue-t-on surtout après ces histoires minuscules, l’ensemble de ces instants de chambardements. Cependant, comme pour L’éternité, brève, comme pour n’importe quel recueil de courtes proses, je demeure parfois perplexe, réservé. J’en parle peut-être trop souvent ici : les limites de l’humour, leurs grincements qui sans doute révèlent les présupposés de l’auteur. L’éternité, brève auscultait les différents aspects d’une rupture amoureuse. On aime que celle-ci revienne, hantise doucereuse, anodine explication de la crainte de la fin. Je reste moins convaincu par les nouvelles (jamais plus d’une ou deux pages) sur l’art. Peut-être parce qu’il m’arrive de m’y laisser aller, seulement dans le silence de mes bavardages personnels, je doute toujours de cette confortable résignation : amusons-nous puisque la fin du monde est là. L’Apocalypse déçoit, elle s’étire, son naufrage bientôt aura l’allure de toute la longueur de nos vies. Il n’est pas encore tout à fait trop tard pour lutter contre ce qui advient, pour en écrire la survenue toujours incertaine. Bon. Autant le dire plus clairement, l’acide ironie sur le monde de l’art, considéré, pourrait-on croire, comme parvenu à sa fin ne m’a pas fait marrer. Plus qu’ailleurs on y attend l’aspect un rien surranné de la prose d’Après l’éternité. Un artiste qui vend des toiles vides, des toiles détruites, un rien daté, non, déjà ?

aimer autant haïr autant et on voit les yeux en face ils ne comprennent pas se débattent aussi appellent aussi et se détournent il faudra les aimer il faudra les haïr et eux pareil pourquoi ? on ne veut pas ils ne veulent pas que faire ? on ne sait pas

Mais si l’ensemble d‘Après l’éternité peut nous paraître daté, dans un jeu d’anachronisme voulu, c’est pour faire entendre toute cette douceur de la prose d’Étienne Verhasselt. Au hasard de mes lectures, l’irruption de la mort se dote du visage pluriel des textes courts comme seuls susceptibles de faire place à l’incertitude. Une présence étrangement fantomatique au monde, voilà ce que parvient à transmettre certains des textes. Pensons ici à « Icônes » où un touriste, à se vouloir radicalement étranger au monde, en devient un fantôme, erre dans une librairie sans pouvoir parler, communiquer tout son amour. Serait-ce l’une des postures de l’auteur ? Pas sûr, Étienne Verhasselt joue de la diversité, presque de la contrainte, de l’exploration de genres et de thèmes différents à chaque texte. On aura même une très belle, derrière le pastiche, élégie (« Et l’être tout entier s’érige en chapelle ruinée où adorer la souveraine chute ») où, dans la chute du texte, se définit ce que l’auteur se garde bien de définir comme son style (la beauté, malgré tout) : « Neige une ample douceur. » On aura alors d’amusantes réécritures, le destin ordinaire d’un petit Jésus, celui d’un Christophe Colomb qui songe à des îles pour retrouver un enfantin ravissement, un ange condamné à une cure psy éternelle de ne cesse de hurler ou de vomir au paradis. Sous cette optique on peut aussi lire comme des pastiches, plutôt drôles et inventifs (au style chantourné qui repousse la révélation de l’évidence) de récits d’apocalypse. Et après ? À vous de voir.


Merci au Tripode pour l’envoi de ce roman.

Après l’éternité (148 pages, 18 euros)

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