Brigantessa Giuseppe Catozzela

Reconstitution patiente, fidèle, du destin de Maria Olivera qui, au temps de l’unification de l’Italie, de ses belles promesses révolutionnaires trahies, deviendra la Ciccilla, figure historique du brigandage et de la résistance. Roman historique populaire, un rien formaté hélas aussi, Brigantessa parvient à décrire tous les statu quo du roman national italien, ses luttes pour se maintenir au pouvoir, pour ne rien changer à l’oppression sociale. Giuseppe Catozzela se révèle un témoin effacé de cette histoire quasi-mythique.

À vouloir évoquer ce livre, on se surprend à émettre cette platitude : on aime dans un roman sentir l’urgence qui a contraint l’auteur à s’y aventurer, on aime que l’écriture soit distanciation de cet appel, mise en perspective sans doute aussi de ce qu’il ne saurait avoir de seulement personnel. Avouons ne l’avoir pas spécialement ressenti. Mais peut-être ne sommes-nous pas le public visé. Au mieux, la reconstitution historique m’indiffère. Au pire, elle m’agace quand son aspect documenté, la prétendue fidélité aux archives, ne pointe pas les failles de tous récits, les points aveugles de tout individu. L’opacité à lui-même reste pour moi le meilleur regard sur un personnage. Maria reste transparente, positive, pour ne pas dire tendue uniquement vers sa fin tragique. On sent pourtant une tentative de l’auteur pour restituer la première constellation de mystère que nous nous demeurons, celle induite par la langue. Ici on aurait voulu plus entendre dialecte et différenciation sociale. Souvenir ému de la lecture de Bas-la place y’a personne de Dolorès Prato. Notons quand même que Giuseppe Catozzela (et sa traductrice Nathalie Bauer) a trouvé une solution élégante, très fluide, pour que les rares termes vernaculaires n’entravent aucunement l’immédiateté de la lecture.

Reste alors une histoire sympathique, presque trop au point de paraître emblématique comme le sont, je le crains, un peu trop souvent les récits des romans historiques. Maria est d’abord expropriée de sa propre histoire, responsable de celle de sa sœur qui se trouve contraint de revenir de son curieux exil doré. Maria fait des études, aime les livres et toutes jeunes les ombres de la montagne. On touche d’ailleurs à ce qui m’a le plus intéressé dans Brigantessa : la pertinence du regard social. De sa pauvreté, Maria voit bien que la révolution promise par Garibaldi, ses réformes agraires, n’ont d’autres conséquences que de renforcer la misère, que les nobles et autres puissants, elles les appellent les « messieurs » puis les chouettes, toujours sauront en tirer parti pour se retrouver, quoi qu’il arrive, du bon côté de la barrière. Son mari Pietro sera soldat de cette reconquête, première victime pas reconnu. Maria se retrouve dans une longue tradition de brigandage. Alors, certes, on aurait aimé que l’auteur précise, en évocation plutôt qu’en lourd commentaire, ce que ceci peut apprendre à notre époque, ce que cela veut dire de raconter cette histoire de liberté en ce moment. Bien sûr, il faudrait aussi lire ce roman comme de la littérature populaire, un divertissement qui parvient à dire la misère et les luttes désespérées pour s’en émanciper. Le combat continue.


Merci aux éditions Buchet-Chastel pour l’envoi de ce roman.

Brigantessa (trad : Nathalie Bauer, 372 pages, 22 euros 50)

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