Zygmunt Miloszewski Les impliqués

1507-1

Préquel de polar polonais.

L’époque impose la logique des séries. Nous aimons vieillir avec leurs protagonistes. Les grands lecteurs sont des téléphages incapables de résister à la disparition de personnages auxquels ils se sont attachés. Pour déconstruire l’ornière de leur linéarité, il faudrait regarder les séries à l’envers. Une pratique courante à n’importe quel lecteur.

Le procureur  Teodore Szacki est donc surpris au commencement de ses renoncements. Il joue encore au jeux vidéos comme on défend ses dernières illusions. Il déchante mais n’est pas, encore, résigné.

Pourtant, Miloszewski a la grâce d’aborder son personnage sans la moindre hauteur de vue. Certes ce qui lui arrive est passablement pathétique. Son incartade adultérine occupe pourtant une place prépondérante. L’affaire est traitée sur un mode mineur. Peut-être à cause de l’artifice psychologique sur lequel repose l’intrigue.

Parasitage de l’unité d’intrigue. La structure narrative présente de grande ressemblance avec La rage. Chaque chapitre commence par une contextualisation, un résumé de la presse quotidienne. Impression de dévoilement de la méthode de travail du romancier. Pourtant, Miloszewski parvient à évoquer des à côtés qui donnent un peu de profondeur à son personnage pas encore tout à fait rattrapé par le cynisme de l’ultime volet.

Similitude de structure également dans l’indécision à laquelle semble devoir se résoudre le polar s’il ne veut pas être réduit à un thriller. Dans son meilleur, le polar se confronte avec la question du Mal. Le dilemme du procureur, in fine, me paraît un peu trop proche de celui de La rage.

Néanmoins, la singularité porte sur l’apport assez fort d’une théorie psychologique. Dans son aspect comportementaliste, elle me semble fumeuse. Théorie de la constellation familiale. En plaçant ses patient, le psychologue doit pouvoir les faire revivre leur drame refoulé. Allez savoir. Avec une belle évidence, cette théorie permet à Miloszewski de déplacer l’attention vers le centre de tout roman policier : celui qui manque, le coupable. À la fin du roman, la reconstitution de cette thérapie ne m’a pas semblé totalement fonctionné comme, au début, elle ne marchait pas (à cause d’une langue trop plate m’a-t-il semblé) sa redite par le visionnage de ses enregistrements.

L’autre originalité de ce roman est sa façon de s’écarter de son thème, de le traiter en passant. Le passé de la Pologne est une blessure encore ouverte. L’exploration des archives communistes, de leur meurtriers encore soigneusement protégés occupe une place peu importante. D’où un certain regret de voir le grand méchant prendre parfois, dans plusieurs sous-chapitre, la parole sans jamais parvenir à véritablement se singulariser.

Miloszewski pourtant parvient à créer des personnages singuliers crédibles justement dans leur douce folie : le documentaliste, le psy obsédé par les allusions graveleuses…

 

 

 

 

 

Publicités

One thought on “Zygmunt Miloszewski Les impliqués

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s