Queens Gangsta Karime Madani

Le Queens et ses gangsters, le trafic de drogue comme allégorie du capitalisme sauvage des années 80-90. Dans une prose quasi documentaire, inspirée en tout cas d’une affaire réelle, Karim Madani redonne souffle à ce fatal enfermement dont, patiemment, la sociologie, la fatalité.

Curieuse impression à lire Queens Gangsta, celle d’être dans un épisode de The Wire, dans un roman de Pelacanos. Instructif, agréable, déjà lu aussi si on est de mauvaise humeur. On peut d’ailleurs, tant qu’on est envahi d’une vaine négativité, parler de l’insistance comparaison entre les ravages de la drogue et ceux du sucre. Notons aussi de légères répétitions Reagan qui permettait d’incarcérer n’importe qui se trouvant dans la bagnole d’un trafiquant : la formule revient à l’identique au moins deux fois. Ne soyons, pourtant, pas pisse-froid. Quelque chose marche dans Queens Gangsta. Un truc dans le phrasé, un jeu sur la langue, l’incorporation d’expression en version originale dont l’auteur propose une traduction qui en souligne l’inventivité. Voici qui suffit à rythmer le récit d’une question lancinante, sans intérêt aussi qui sait : quelle fascination peut encore exercer la mafia, le mode de vie d’un gangster, cette incarnation parfaite de l’american way of life pour qu’un auteur francophone décide de se l’approprier ? Qu’apporte ce décentrement du regard, pourquoi cela devrait-il éclairer notre pauvre France contemporaine ? Peut-être que ce genre de questions mal posées permet de mieux comprendre un livre. Sans doute est-ce ce décalage de perception qui permet à Karim Madani de se placer, comme on dit, à hauteur de ses personnages. À regarder avec un rien de distanciation l’enchaînement fatal de ses protagonistes, leur enfermement dans des déterminismes sociaux plus fort qu’eux. Preme et Prince, oncle et neveu, ascension dans le trafic de drogue, la grande réussite quand arrive le crack. On pourrait craindre une certaine fascination libérale pour la success story, l’enfermement de nos vies dans une plate narration. Aucune validation ; aucune condamnation. Juste un constat : on ne connaît que ça. Prince devient riche, reste dans les block, regarde les avions passer au-dessus du Queens. On est avec lui quand il se défend, part dans une vaine chasse à l’homme. Karim Madani développe alors un personnage plutôt intéressant d’Henry Bolden. Une façon d’écornifler le mythe du milieu et son prétendu code d’honneur. Les frères Bolden, franc-tireurs donnent un autre visage à la fatalité. On ne s’en sort pas dans ce roman noir. Bolden quitte les flingues, veut se réinventer. Perversion d’un système de vente de drogue : combattu avec une violence folle pour masquer l’inaction contre la misère, la vision détestable de la société aussi, qui les sous-tendent.



Un grand merci aux éditions Rivages Noir pour l’envoi de ce roman.

Queens Gangsta (314 pages, 21 euros)

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