Le labyrinthe d’une vie Adam Foulds

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Dans Le labyrinthe d’une vie, Adam Foulds entremêle le destin ordinaire non tant de deux poètes anglais reconnus, Alfred Tennyson et John Clare, que la vie ordinaire, banale et discrètement magnifique de la famille du Docteur Allen, le directeur de cette maison qui sert de toile de fond à ce roman précis et poétique.

Adam Foulds, dont j’avoue ne rien savoir, élude discrètement la biographie romancée d’un poète dont l’itinéraire de vie semble tortueux assez pour dessiner une trame romanesque. Le lecteur n’apprendra pas grand chose de ces deux poètes romantiques qui, pour ainsi dire, ne se croisent pas dans ce récit. Pour raconter l’entrecroisement toujours plus ou moins raté du destin malheureux de ces deux grands noms de la poésie, Foulds oscille dans la description précise de leur destin.

La grande valeur de ce roman, en tout instant plaisant, rythmée et d’une lecture sans le moindre à coups ni réserve, tient, selon moi, à sa façon de rendre compte des minuscules illuminations dont sont constituées nos vies. Ainsi, l’air de rien, mais sans cette réserve de froideur qui, par instant caractérisait, Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, Le labyrinthe d’une vie décrit ce contact avec ce qui nous dépasse :

Dans l’enfance je parvenais à entrer en transe en répétant mon nom indéfiniment jusqu’à sentir mon identité complètement dissoute. Ce que j’étais alors, c’était un être en quelque sorte mêlé à quelque chose de plus grand, porté par une véritable vastitude. C’était abstrait, chaud, monotone et effrayant.

Sans la moindre insistance, sans jamais donné l’impression de se commenter lui-même, Adam Foulds mEt quelques fois..nhaets des mots (simples et sans emphase au risque contre–productif de me répéter) sur l’accès à cette sombre inquiète, cette terreur chthonienne que serait la poésie. Une expérience de dépersonnalisation déjà admirablement rendue dans Et quelquefois.. au moment de la mort de Joe Ben.

John Clare, pour être claire, fait partie de ces poètes douteusement mythiques qui ont fait, pour causer comme Rimbaud, l’expérience de cette folie qu’on enferme. Il se retrouve depuis des années dans l’asile du docteur Allen. À bref traits, Foulds reconstitue toute une époque : le dérangement mental et sa fascination nouvelle. Clare est devenu un poète oublié. Le labyrinthe de nos vies demeure sans issu : la rencontre entre les deux poètes ne se produira pas. La rédemption par l’art paraît une fiction abolie. Adam Foulds a l’intelligence de ne pas comparer la vie de ses deux poètes. Aucune compréhension : Clare glisse doucement dans la pathologie mentale, ses dérangements sont livrés comme la réalité plénière que furent sans doute pour lui ces hallucinations.

Les seuls réserves suscités par ce livre tiennent à ce sans doute. La prise de langue de cette folie m’a toujours parût hasardeuse. Difficile de concevoir quel degré de réalité est accordée, par ceux les subissant, à ces délires. Nous apprendrons que Clare se prenait pour Byron, se croyait marié à une très jeune fille, se prenait pour un champion de boxe mais aussi éprouvait une sympathie instinctive pour les déclassées.

La beauté de ce roman est alors dans ses variations de points de vue. Pour donner une image de cet instant de la vie de Tennyson, Le labyrinthe d’une vie dépeint le poète à travers l’amour transi, mais surtout admirablement compris dans sa réalité sociale, que lui prodigue la fille du docteur Allen. Discrètement, puisque tel semble être le maître mot de ce roman, à travers ces folies Foulds dépeint une société. Peut-être que de décrire le docteur s’endettant pour se lancer dans l’air de la reproductibilité semble une métaphore poussive. De celle qui prétendent pressentir les naufrages à venir. Allen se lance dans la petite entreprise, s’endette pour lancer une machin susceptible de reproduire n’importe quel meuble. Échec prévisible. Adam Foulds a néanmoins le bon goût de la décrire comme cette folie partagée qui parcourt l’ensemble de cet agréable roman.


Livre reçu  en partenariat avec Netgalley. Merci à eux et surtout aux éditions Piranha. Néanmoins le format pdf ne facilite pas la lecture sur liseuse.

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