Toxic Star Hervé Claude

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L’Australie et ses dérives sportives. Dans un thriller tendu, avec hélas un peu de platitude psychologique pour assurer rythme et ellipse, Hervé Claude retrouve Antony Argos, un journaliste gay. L’intrigue ménage ses rebondissements et se concentre alors presque uniquement sur ses résultats, sur la noirceur des manipulations sportives. Le ton quasi journalistique de la prose de Toxic Star touche alors sa cible : une dénonciation sans commentaire.

Dans un regard superficiel, le polar pourrait entretenir une certaine paresse. Certes, il me semble le vecteur idéal d’un regard posé sur une société au rassurant exotisme. Une sorte de passivité à croire découvrir la pluralité de visage d’un pays à travers une intrigue calibrée pour, dans le meilleur des cas, offrir un regard sur des habitus, une vision du roman national. Hervé Claude poursuit cette louable intention avec l’Australie. De livre en livre, il décentre ce regard par une perception gay sur un pays qui, de loin, me paraît parasité par l’entretien d’encombrants mythes de la virilité. Regard hâtif sur une culture étrangère, paresseux car son but est de se faire oublier (je ne suis parvenu à retrouver le titre du roman d’Hervé Claude que j’avais déjà lu), qui s’avère dès lors surtout révélateur des a priori idiots du lecteur.

Admettons notre ordinaire bêtise. L’Australie souffre chez moi d’un a priori des plus défavorables. Si je ne craignais de me montrer inutilement hautain, très vieille Europe, je réduirais ce regard à ceci : des hommes bedonnants, continuellement en bermuda (une faute de goût quasi ontologique !) éclusant des bières pour ne pas voir qu’ils incarnent l’ultime incarnation de la déliquescence capitaliste. Difficile de se défaire de ses préjugés. D’autant que Toxic Star ne les contredit pas franchement.

Hervé Claude, journaliste français, me semble alors s’aventurer dans une dénonciation participative. Le très beau Le grand incendie de Shirley Hazzard ou le très sec et, lui aussi, incandescent, Vérité de Peter Temple auscultent eux aussi la formation de ce pays nouveau comme soumis à toutes les tares du contemporain.

Tentons d’éclaircir le propos : Toxic Star se livre alors à une salutaire plongée dans l’horreur des attendues magouilles du sport. Afin de ne pas me caricaturer moi-même, je vous épargne mon dédain atavique du sport et de son outrancière marchandisation. Au fond, ce qui me dérange réellement ici se serait cette acceptation tacite non d’une réalité sociale incontestable mais d’une capacité à, littérairement, en rendre compte. Je l’évoquais à propos de Me voici de Safran Foer : l’obsession réaliste du roman, sa reproduction incontestable de notre vie ancrée dans un matérialisme marchand, propose peut-être une validation de l’ordre des choses. Il ne serait pas possible de les décrire autrement et, partant, de subtilement les altérer. Je m’égare.

Toxic Star paraît d’emblée un peu plat pour ne pas dire journalistique dans son obstination factuelle. Mais le lecteur soudain conçoit la facture de l’œuvre. Le footy, un mélange de foot et de rugby devient l’enjeu d’un discours régionaliste, proie à tous les arrangements. La mort d’ancien joueur suffit alors à créer une infinité de rebondissement qu’Hervé Claude ménage précisément en restant à l’extérieur des motivations, voire de la psychologie, de ses personnages. Rythme parfois un peu expéditif, configuration de quasi thriller peut-être un rien trop concentré sur sa résolution et ses rebondissements. Mais ça marche. On se laisse prendre et Hervé Claude ne prétend pas nous offrir autre chose – tout le monde ne peut en dire autant – qu’un roman qui, sans être impérissable, se dévore.

Merci à L’aube Noire pour cet envoi

Toxic Star (261 pages, 19 euros)

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