La colombienne Wojchiech Chmierlarz

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Pour le plus grand plaisir du lecteur, Jakub Mortka, dit le Kub, est de retour à Varsovie. Dans une intrigue retorse et complexe, Wojchiech Chmierlarz excelle à capturer l’atmosphère d’un lieu, à envisager la société polonaise sous les yeux désabusés, mais pas impuissants, de son protagoniste. La colombienne en dehors d’une belle intrigue traite du naufrage ordinaire de la vie de couple. L’existence dans ses détails et dans ses tristesses.

Il ne faut pas bouder son plaisir. Après Pyromane et La ferme aux poupées retrouver le Kub interroge sur le plaisir simple de se plonger dans l’univers dit ordinaire dans lequel Wojchiech Chmierlarz nous plonge avec habilité. Sans doute que le divertissement loin d’être idiot que nous fournit La colombienne vient de la façon dont le romancier lie les faits et les interstices des jours au rythme même de son enquête. Une façon de se tenir à hauteur de ses personnages sans ressentir le besoin de commenter leurs actes mais plutôt de les confronter et de les soumettre à l’économie du polar. Les pensées du personnage doivent toujours y être des actes, pour le moins faire progresser l’intrigue en revenant sur un passé éclairé d’une façon nouvelle.

Tu sais, la majorité des histoires dans lesquelles j’ai à voir se terminent mal. Les gens… Dans le meilleur des cas, ils ne nous en veulent pas.

Nous voilà donc dans le pas (et les dépistages) du Kub. Dans sa mélancolie quotidienne, il passe le temps sur un forum de divorcés au cœur de l’intrigue secondaire de La colombienne. Wojchiech Chmierlarz parle ainsi du sort des femmes en Pologne. Une violence endémique et conjugale. On vous épargne heureusement l’indignation morale mais aucunement les réactions des mâles prétendument blessés dans leur orgueil. Wojchiech Chmierlarz communique le dégoût et la lassitude pour ces illuminés qui parlent de femininazies et autres absurdités pas que sémantique. Avant d’avancer qu’il s’agit d’un problème essentiellement polonais, avant de s’aveugler afin de ne pas voir l’effarante cartographie des meurtres conjugaux français, soulignons que le polar se doit d’affronter la mythologie de la virilité. Sans grande originalité, je crois que le plus intéressant dans un roman policier reste sa façon d’interroger les sources de la violence. On peut certes alors penser que certains y opposent des réponses linéaires, voire une psychologie simpliste. Reste cependant à prouver que les motivations humaines ne sont pas d’une crasse bêtise. Wojchiech Chmierlarz, depuis Pyromane a l’intelligence d’interroger la place de la virilité dans la reproduction de la violence.

Ce n’était pas une intuition, sentiment qu’il méprisait, mais la conscience d’une réalité qui attendait d’être mise à jour.

Le Kub, après La ferme aux poupées, craint d’avoir contracté le HIV. Le plus réussi dans La colombienne, hormis cette intrigue qui vous happe, reste l’indécision des sentiments du protagoniste. Il se regarde agir dans une intrigue dont il ne maîtrise pas grand-chose (un ultime rebondissement en écho au titre et dans un joli jeu sur le genre des mots), face à des sentiments qu’il n’a pas la prétention de décrypter. Wojchiech Chmierlarz impose une vraie sympathie à l’usure. Notons d’ailleurs les promesses pour les prochains volumes : le personnage survivaliste de La Sèche, les liens que le Kub lie avec un gangster. On attend la suite de ce polar si efficace et intelligent.



Un grand merci aux éditions Agullo pour cet envoi

La colombienne (trad Erik Veau, 404 pages, 22 euros)

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2 commentaires sur « La colombienne Wojchiech Chmierlarz »

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