Le bal des porcs Arpad Soltesz

La fabrique de la saloperie étatique slovaque, les mécanismes de la manipulation, de l’extorsion et surtout de la domination. Dans un roman souvent complexe, toujours avec l’humour qu’il faut à l’indignation et le sens du rythme indispensable à la dénonciation, Le bal des porcs propose une explication des crasses qui ont conduit à l’assasinat de Jan Kursak, un journaliste, et de sa compagne. Sans occulter noirceur et bêtise, Arpad Soltesz livre un visage d’une cruelle exactitude de la Slovaquie.

Après le très noir Il était une fois dans l’Est, Arpad Soltesz nous revient en radicalisant la violence de son écriture chorale. On retrouvera quelques personnages de son premier roman dont l’auteur se refuse encore davantage à faire des héros. Un procédé parfois un rien déroutant tant son roman paraît alors formé de fragments que le lecteur doit remettre dans l’ordre. Voilà qui exige un rien d’attention tant jamais n’est véritablement précisé l’enchaînement temporel de ces instants où chacun de ses personnages se retrouve victime, pour ainsi dire, de ses propres saloperies. Autant dire que le catalogue est complet : du meurtre à l’expropriation, du chantage aux viols. Le pire étant que la violence de cette criminalité se trouve dépassée par celle en col blanc : contrôle de l’information (la mafia des RP) et détournement des subventions. Notamment européennes.

Il est bon, je crois qu’un roman interroge nos attentes et partant nos conforts de lecture. Surtout un polar, non qu’il soit encore question d’un genre mineur mais plutôt par l’exigence d’efficacité que doit avoir ce genre de roman. La première attente déçue du Bal des porcs est de pouvoir s’attacher, voire se reconnaître, dans ses personnages. Ils sont tous plus cons les uns que les autres, plus dégueulasses aussi. Multitude de personnages dont Soltesz montre le lien tragique, sous-jacent, amusé peut-être aussi avec un humour très noir. Tout commence donc, par de la prostitution forcée. Un centre de désintoxication bidon (on y est enfermé, avec la complicité de l’état et des parents, pour trois malheureux pétards) torture des jeunes filles, les viols et profitent de ses images pour faire chanter des politiciens. Ensuite tout va s’enchaîner dans une complexité apparente qui est, in fine, d’une simplicité désespérée : une recherche sans tabou ni contrainte du profit. Nous entrons alors dans le deuxième point qui questionne nos habitudes de lectures : Le bal des porcs crée un jeu très intéressant entre fiction et sordide réalité la plus documentée. Une question de périphrase et de surnom. Le véritable crime, impuni, ainsi dénoncée est celui de ne pouvoir plus nommer les choses par leurs noms, surtout ne mettre personne en cause, éviter les attaques pour diffamations. Le roman offre un regard plutôt intéressant sur le travail de journaliste comme façon de rentrer aussi dans le jeu politique. La littérature pourrait alors s’en extraire, suggérer pour susciter l’indignation. Arpad Soltesz s’en amuse. Nous ne sommes pas en Slovaquie mais dans le Joli Petit Pays sous la Minuscule Chaîne des Hautes Montagnes. Sans doute le lecteur français perdra quelques allusions. Il pourra se consoler, si on veut, en se demandant, si dans son beau pays les choses sont si différentes. Personne ou presque n’est nommé dans ce roman. Tous les personnages ont des surnoms. On pense alors à James Ellroy qui dans American Death Trip s’amuse à donner des surnoms à chacun de ses innombrables personnages. On finirait, presque, par trouver sympathique, Casse-Dalle, un tueur réglo ; on éprouverait presque un semblant de plaisir à suivre la façon dont Lolo Wagner, un racketteur, parvient à sauver sa peau, à renverser des gouvernements, à commanditer l’assassinat d’un journaliste… On est intrigué par l’ombre d’Evelyn, puissance maléfique, de l’ombre bien sûr, qui reviendra, espérons-le, dans la suite de l’oeuvre d’Arpad Soltesz.


Un grand merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce roman.

Le bal des porcs ( trad : Barbora Faure, 384 pages, 22 euros)

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