Le corps et l’âme John Harvey

Fin de partie pour Franck Elder. Avec son touché jazzy, John Harvey poursuit son exploration, sensible et sèche, de nos manières maladroites et malheureuses de nous remettre d’un drame. Le corps et l’âme se révèle un polar, efficace quand son intrigue s’emballe, d’une grande finesse, beau et triste comme les airs de blues qui le ponctue.

C’est avec un immense plaisir que je vous parle à nouveau de John Harvey. Pas facile, avouons-le, de savoir ce qui fait l’évidence de ses romans. Peut-être sa manière de jouer sur le tempo de son intrigue. Dans Le corps et l’âme, elle commence piano, pour ne pas dire langoureusement. On retrouve Frank Elder là où on l’avait laissé dans De chair et de sang. Un peu paumé, un rien blessé, en retrait de sa vie plutôt qu’à la retraite. La tension ordinaire et désœuvrée du quotidien, l’éloignement et cette incapacité au bonheur, à moins que ce ne soit la lucidité sur ses illusions, qui caractérise le polar. Surgit alors sa fille, la distance entre eux surtout, l’encombrant soutien qu’Elder, sans savoir comment, veut continuer à lui prodiguer. Tout est si simple, sonne si vrai. Sans doute par la capacité de John Harvey de faire face à ce point aveugle du polar : on se remet comment des drames que le récit se complaît à décrire comme pour mieux en occulter l’impact, à faire comme si retrouver le criminel, rendre justice apportait, au jour le jour, un véritable apaisement.Le soupçon criminel insidieusement s’installe : Katherine posait, un peu par hasard (de belles notes sur ce que ça fait, ou pas, de s’exposer, une réflexion aussi sur ce qui nous appartient et ce qu’exprime notre art mené par la chanteuse, compagne occasionnel d’Elder) pour un artiste, il est retrouvé mort. Le passé ressurgit, le présent s’accélère. Tout revient ou n’est jamais parti. Au milieu de ceci, John Harvey introduit une enquête dont il sait si bien rendre suspens et accélération. Inutile d’en dire plus, le lecteur se laissera porter. Un mot quand même sur le dénouement : frontal et tout d’émotion contenu. Un très bon polar.


Merci aux éditions Rivages Noir pour l’envoi de ce roman.

Le corps et l’âme (trad Fabienne Duvigneau, 284 pages, 21 euros 50)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s